Danse - La route est longue

Boa Goa ne raconte pas une histoire, mais un rêve.
Photo: Agence Reuters Paul-Antoine Tellier Boa Goa ne raconte pas une histoire, mais un rêve.

Avec Boa Goa, Paula de Vasconcelos a voulu rendre hommage aux navigateurs portugais qui ont découvert la route maritime vers les Indes. La chorégraphe et metteure en scène y délaisse un peu le jeu et la narration pour faire plus de place à la poésie de la danse.

Boa Goa ne raconte pas d'histoire, prévient la directrice artistique de la compagnie Pigeons international dans le programme. Il s'agit plutôt d'un rêve. Une interprétation donc très libre du voyage en mer des explorateurs et de la découverte d'un autre monde.

Elle a voulu éviter le piège du récit, mais les titres de chapitres et les dialogues projetés en fond de scène, si poétiques soient-ils, en entretiennent l'illusion, appellent un sens qui ne vient pas toujours. Les tableaux de danse forment plutôt un patchwork d'évocations pêle-mêle, de scènes en raccourci.

«Ici, il y a la mousson», lit-on au tiers du parcours, après une longue traversée et le roulis incessant de la danse-mer. Ah tiens, nous voilà aux Indes. De fait, le dieu Shiva annonce le défilé de ses divinités multiples, campées par les danseurs dans une suite de postures inspirées du kathak — danse traditionnelle indienne — qui teintera d'ailleurs le reste de la chorégraphie.

Puis un interprète énumère les diverses épices devenues l'or des explorateurs: poivre, muscat, clou de girofle, cannelle, indigo. Le matelot qui tantôt maniait si habilement une boule évoque ici un fakir comme ces vendeurs de sortilèges qui font la réputation de l'Inde. Belle idée, mais trop peu ou mal exploitée.

La scénographie évoque à la fois le pont du bateau et l'église, tout comme les costumes rappellent la soutane et le manteau de matelot. Qui prend la mer (surtout au XVe siècle) s'en remet à Dieu? La métaphore s'arrête là. Et c'est là le problème de cette pièce, trop floue pour raconter et pas assez allusive pour entretenir le rêve. Depuis sa Trilogie de la Terre, Pigeons international embrasse peut-être de beaux thèmes trop vastes.

L'harmonie de certains tableaux chorégraphiques finit par manquer de consistance. Si généreux soient-ils, les six jeunes danseurs ne parviennent pas à nous transporter vers ces ailleurs inconnus, sources d'espoir et d'angoisse. La berce lancinante de la houle qu'ils incarnent tourne en rond, s'essouffle. La route du bout du monde est longue et les navigateurs aussi ont dû s'ennuyer.

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BOA GOA
De Pigeons international. Mise en scène,chorégraphie et scénographie: Paula de Vasconcelos. Concepteurs: Owen Belton (musique),Michel Beaulieu (éclairages), Anne-Marie Veevaete (costumes), Roger Sinha (chorégraphie). Interprètes: Alejandro Alvarez, Gessuri Gaitan, Natalie Zoey Gauld, Érika Morin, Laurence Ramsay, Shigeki Yamada. Présenté du 2 au 20 mars à la Cinquième Salle de la Place des Arts.