Danse - Harold Rhéaume nu

Trois des quatre danseurs de Nu, d’Harold Rhéaume
Photo: David Cannon Trois des quatre danseurs de Nu, d’Harold Rhéaume

Après avoir présenté Nu à guichets fermés à Québec, le chorégraphe Harold Rhéaume tourne la pièce de Longueuil à Rimouski, en passant par Montréal. Quatre danseurs et autant d'âmes mises à nu.

«Rarement entendu autant de reniflements pendant un spectacle de danse contemporaine que dans les derniers instants de Nu», disait Le Devoir lors de la première à La Rotonde en 2008. «Rhéaume met des mouvements clairs sur les déchirements, les séparations et le sentiment amoureux, avec une transparence que la danse contemporaine tend souvent à repousser du revers de la main. Bref, c'est l'accessibilité dans son sens noble.»

Nu est pour Harold Rhéaume un spectacle intime. «J'avais envie d'entrer dans un système presque autobiographique, explique-t-il en entrevue téléphonique. Je me suis inspiré des moments charnières de la vie, des chamboulements émotifs que sont les deuils, les ruptures ou une nouvelle rencontre amoureuse. Mes quatre interprètes y vont de rencontres, de séparation et de voyeurisme aussi, lors de ces moments où les autres nous observent sans savoir comment réagir.» N'est-il pas étrange, dans une pièce qui tient de l'autofiction, de ne pas voir danser Rhéaume lui-même? «Au début de Nu, j'étais de la partie comme danseur. Mais chaque fois que je retrouvais mes interprètes, j'avais tellement de plaisir à sculpter les corps, à voir la gestuelle se transformer à leurs personnalités que je suis resté trop longtemps à l'extérieur...» L'esprit de corps s'est tissé à son insu, et le chorégraphe a décidé de laisser le plancher et de profiter de son plaisir de spectateur. En jouant et en recomposant les possibilités du quatuor dans toutes les combinaisons possibles. Et en cherchant une transparence, une humanité qui teinte ses oeuvres comme son parcours.

Danser local

Harold Rhéaume choisit, il y a 10 ans, de se réinstaller à Québec. Il y fonde alors sa compagnie, Le fils d'Adrien danse. Et fait le pari d'investir dans le développement du public et de la communauté autant que dans la création. «Quand je suis revenu, j'ai constaté que la ville avait changé. Avec Robert Lepage, avec le Complexe Méduse, je sentais les oeillères de Québec s'ouvrir. Et ça correspondait à mon désir de travailler conjointement avec les gens. À contre-courant de la danse jet-set qui court le monde, j'ai choisi d'investir localement. Ça demande plus d'engagement au quotidien, auprès des étudiants, du public et des chorégraphes de la relève. Mais c'est incroyable tout ce qui s'est développé ici dans la dernière décennie: les danseurs peuvent maintenant rester et vivre de la danse à Québec.»

Le voilà donc d'autant plus excité de venir montrer Nu à Montréal, où il a longtemps habité et dansé. «J'arrive avec cette proposition très personnelle qui n'est pas dans l'air du temps, pas dans cette abstraction de la non-danse.» Une non-danse qu'il définit comme la tendance à bouger par des états de corps plus que par du mouvement. «Nu, c'est du Harold, basé sur l'émotion, sur l'humain, sur les interprètes qui sont là et que j'ai voulu mettre en valeur.»

Une émotion qui se perd, croit-il. Il cite Dave St-Pierre en exemple. «On trouve encore de l'émotion, mais généré par le choc des corps et des images provocantes. Ça m'ébranle beaucoup et je me demande si faire encore du mouvement, c'est être vieux jeu. La première fois que j'ai vu un show de Dave, ça m'a heurté dans ma danse à moi: je me suis dit que je devais soit redoubler de confiance envers ce que je faisais, soit changer, parce que j'étais passé de mode.»

Rhéaume a choisi de conserver son lyrisme, sa gestuelle onctueuse et d'ancrer davantage ses pièces à son intuition. On pourra voir le résultat dans les prochaines semaines à Longueuil, à Salaberry-de-Valleyfield, à Montréal, à Sainte-Geneviève, à Rimouski, à Saint-Jean-sur-Richelieu, et encore à Québec. Il se lancera ensuite, avec son équipe de danseurs et de collaborateurs, dans une création à quatre mains avec le chorégraphe français Yvan Alexandre.

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Nu
D'Harold Rhéaume. Une production de la compagnie Le fils d'Adrien danse, présentée au théâtre de la Ville de Longueuil le 11 mars, à la salle Albert-Dumouchel de Valleyfield le 13 mars et à l'Agora de la danse du 18 au 20 mars. Pour toutes les dates: www.lefilsdadrien.ca

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Collaboratrice du Devoir