Danse - Portrait(s) de famille(s)

La chorégraphe Meg Stuart livre dans Do Animals Cry des vignettes impressionnistes sur les liens, les névroses, les complicités et les complexités que la fratrie entraîne. Portraits de familles, ou comment, quand on se compare, on se console.

D’abord en pyjamas, les danseurs de Stuart, corps tous standards et gueules d’acteurs, se tiraillent, se tirent et se retiennent. Haletants, à bout de souffle dans d’étranges ébats. Les jeux de gestes débutent simplement — pas de virtuosité technique ici, mais des états de corps et de respiration profonds.

Les six interprètes, généreux et entiers, se livrent aux tordues règles des familles: imitation, solitude, séduction, rupture, grimaces, chatouillis et autres «Dis j’m’excuse à mon’oncle».

Les visages et les rôles sont mouvants. Le frère devient père, chien ou amant avec une désarmante fluidité. La chorégraphe prend le temps d’installer les choses et les scènes, de laisser, comme dans les vraies familles, les poches d’air, les folies et les tensions se vivre pleinement.

Et comme Stuart est intarissable sur son sujet et le relance sans cesse, malgré plusieurs moments magiques, — le retour du fils prodigue, le solo «Comment être une mauvaise fille», le «Va-chercher-chien-chien», la course circulaire interminable et belle d’être interminable – la pièce finit par faire longuement sentir ses deux heures dix.

Si le travail est signé, senti et intelligent, il n’échappe pas à la redite. Et sa durée finit par rendre difficile la captation des subtilités relationnelles et énergétiques sur lequel il se base.
On en sort un peu hébété, hésitant entre l’impression d’avoir été artistiquement nourri ou d’avoir survécu à une traversée du désert. Et heureux, devant cette accumulation de troubles de la nichée, d’être finalement, hein, quand on y pense, soi-même si peu névrosé. Quand on se compare…

Collaboratrice du Devoir

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Do Animals Cry, de Meg Stuart / Damaged Goods
À l’Usine C, jusqu’au 27 février

Note: Ce texte a été publié dans l'édition imprimée du Devoir le 25 février 2010.