Série B

On se plaignait du manque d’unité des soirées Tangente? Ben voilà Anne Thériault et les Sœurs Schmutt, qui, pour le Festival Montréal en Lumière, jouent d’effets lumineux. Deux pièces construites autour de l’esprit de jeu, des films de série B et de la simplicité. Qui se partagent les mêmes faiblesses et les mêmes forces.

Anne Thériault poursuit son exploration spéciale spatiale de la planète B612. La Physique est comme un film de science-fiction givré, construit de bric et de broc avec de larges feuilles de papier et des jeux de lumières de deux sous: travelling sur skate-board, ombres chinoises, contrejour, laser, black lights.

Deux mondes s’affrontent: les blanches - indy-danseuses-exploratrices-de-l’espace, vernis aux ongles, collants blancs et pulls à visage de loup, - contre les noires – capuches, baskets et casques de BMX. Les danseuses deviennent robots mécaniques, guerrières, personnages Duracell à ressorts ou sœurs carnivores.

Série B, je vous dis: La Physique se situe entre IXE-13 et Catherine Tardif, entre Normand Marcy et Barbarella, sulfure en moins. Le côté ludique est là, amusant mais pas autant que ce que Thériault a déjà fait. Comme si le désir de faire des effets avait détourné l’attention de la jeune chorégraphe. On garde l’impression de petites filles qui se refont Star Trek pendant un pyjama-party en essayant de ne pas éveiller les parents.

C’est au tour de Séverine Lombardo, des jumelles Sœurs Schmutt, de chorégraphier ses Petites pièces de poche, un pseudo déambulatoire pour danseurs et lampes diverses. Le spectateur, sur l’aire de jeu, est plongé dans le noir et doit se déplacer en suivant les marquages au sol. Les lumières, manipulées par les danseurs, sont passés à travers un ventilateur ou les doigts d’une main pour en changer le grain. Lampes au poing ou soudées au corps, les interprètes dirigent le regard de façon très précise et créent des gros plan inhabituels à la danse. Visages inquiets, mains tendues, yeux hagards.

Film d’horreur? Les manipulations manquent de fluidité et prennent par moment le dessus sur la danse, comme dans le solo où Élodie Lombardo a la concentration déchirée, lampe dans une main, micro qu’elle tente de cacher dans l’autre. Les effets sont étirés et un iota redondants. Et la pièce s’affiche sous le faux titre de déambulatoire, puisqu’on propose plutôt au spectateur des stations, et qu’exception faite du dernier tableau, le déplacement semble être là pour simplifier la technique plutôt qu’en réponse à une pulsion artistique. Sans mentionner la problématique de faire un déambulatoire en hiver et d’imposer au spectateur les horribles chaussons de plastique bleus, comme chez le dentiste, aux pieds.

On attend de belles choses d’Anne Thériault, encore plus des Sœurs Schmutt puisqu’elles ont plus de milles au compteur. Et c’est pourquoi, en voyant La Physique et les Petites pièces de poche, on a envie de leur botter un peu les fesses. Oui, bel esprit de jeu, oui, belle façon de dégager la danse contemporaine de ses prises de tête et du trop grand sérieux dont elle peut souffrir. Le talent est là. Mais suffit, le côté garage, un peu tout croche, inachevé. Suffit, le tournage de coins ronds qui fait qu’on conserve les effets même s’ils ne marchent qu’à moitié et qu’on les étire quand ils fonctionnent. Génération de l’image et de l’instantané? Facilité, paresse, manque de moyens? L’ambiance série B n’empêche pas une exigence de qualité AAA. Pour l’instant, La Physique et Petites pièces ne restent que des coquilles. Amusantes, certes, mais vides. Moins d’illusions, et plus de contenu, por favor.

Collaboratrice du Devoir

La Physique, d’Anne Thériault et Petites Pièces de Poche, de Séverine Lombardo
À Tangente jusqu’au 21 février