Danse - Quatre saisons, cinq humeurs, quarante danseurs

Maryline St-Sauveur et Sonia Montmigny dans Cinq humeurs.
Photo: Danse Carpe Diem / Emmanuel Jouthe Maryline St-Sauveur et Sonia Montmigny dans Cinq humeurs.

Avec Cinq humeurs, le chorégraphe Emmanuel Jouthe s'est lancé un méchant défi chorégraphique: concilier les côtés communautaire et social de la danse, transmettre ses connaissances aux jeunes danseurs et vivre l'essentiel de la création hors Montréal. En s'attaquant à un monument de la musique: les archiconnues Quatre Saisons de Vivaldi.

«Je voulais me défier en partant d'une musique, explique Emmanuel Jouthe en entrevue. Mais je me suis confronté au côté bavard des Quatre Saisons. C'est musicalement chargé, plein. La musique s'impose et, comme ça ne m'intéressait pas de faire un mouvement sur chaque note, je propose davantage un climat.»

Les Quatre Saisons passées au mixeur de Laurent Maslé, qui a joué avec les textures de la musique, l'a déstructurée et transformée. À l'équipe de danseurs de longue date s'ajoutent des interprètes qui ont moins de trois ans d'expérience. Et Jouthe a composé une cinquième saison, changeante.

Différents danseurs et différents gestes, selon qu'on voit la pièce à Lennoxville, au Bic, à Montréal ou à Ottawa. «C'est la saison des vents, moins connue», ou Eja Mater, sur laquelle dansent des interprètes locaux. À la Rotonde, six jeunes interprètes, sortis l'an dernier de l'École de danse de Québec, ont relevé le défi haut la main. Le mouvement vif, dynamique, tout en transfert de poids, est posé, senti et respiré.

Au Bic, Jouthe travaille avec des enseignantes, «des professionnelles de la danse, mais pas de la scène». Et là, comme à Lennoxville, pour attirer le public et remercier les villes qui le reçoivent, il chorégraphie un lever de rideau. «À Lennoxville, j'ai douze heures pour monter cinq minutes avec vingt-cinq étudiantes en ballet... » Sur ce projet démultiplié, Jouthe s'est heurté à une logistique complexe. «Mais il y a une sagesse dans l'approche, au-delà du spectacle, une vision artistique et humaine. Je suis à un âge où il est important que je me soucie de relève et de transmission», explique le créateur à l'aube de la quarantaine.

Le bloc rétractable de la cinquième saison lui a demandé de cracher beaucoup de matériel, «l'équivalent d'une deuxième pièce». En travaillant en tout avec 42 danseurs, il s'est confronté à des visions différentes. «L'art qui se pratique à Montréal prend du temps pour se rendre à Rimouski.» Il n'a pourtant fait aucune concession de facilité.

La version de Québec, vue samedi à la Rotonde, est intègre et personnelle. Jouthe propose un espace blanc, rafraîchissant tant il est bien dessiné. Après la vivacité et la fougue de la cinquième saison en ouverture, le côté calme, homogène et plus déconstruit de la proposition centrale laisse parfois le spectateur dans un creux énergique. Problème dans la continuité de l'écriture? Petite fatigue des danseurs en ce dernier soir de spectacle? Rien de majeur, et rien qui n'empêche les Cinq humeurs de Jouthe d'être une belle graphie vivante des Quatre Saisons.

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Collaboratrice du Devoir

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