Marie Claire Forté et Alain Lake à Tangente - Inégales natures vivantes

La nouvelle série Tangente Corps plastiques, qui allie danse et arts plastiques offre des natures mortes vivantes ou vice versa. Jusqu’à ne plus savoir ce qui est visuel et ce qui est kinesthésie. De belles surprises, mais aussi des soirées très inégales, comme ce programme double Marie Claire Forté et Alan Lake, qui se poursuit jusqu’au 14 février.

Marie Claire Forté est une danseuse de talent, précise de concentration comme de corps. Dans Stuck, elle garde comme chorégraphe ces mêmes clartés. Le tronc couvert d’une peau de papier blanc, reflété par une lampe de poche, elle est prise dans une gestuelle étrange, saccadée et hypnotisante. Après avoir déposé sa cuirasse comme on déposerait les armes,

Forté se décarcasse, de plus en plus fluide. Elle passe de l’obscur au clair, du nu à l’habillé, du rigide au séquentiel avec limpidité et semble nous parler d’elle sans vraiment se dévoiler. Le tout livré avec une réserve émotive tout à fait juste, mais qu’on aimerait parfois qu’elle perce.

Comme interprète, Alan Lake laisse sentir sa personnalité à travers les partitions qu’il rend. Comme chorégraphe, le premier essai qu’il présente manque de signature. Son quintette pour elles met en scène une sensualité féminine trop clichée pour captiver. Lake s’est entiché de ses personnages au point d’oublier de les défier, les surprendre ou de leur faire dire, vraiment, quelque chose. Les danseuses manquent d’aplomb et bien qu’elles soient toutes jeunes, s’essoufflent vite. Elles prennent la pose plus qu’elles ne sentent.

La chorégraphie n’aide pas: et que je te déhanche une finale, et que je te rajoute un rond de tête cheveux au vent, et que je te mette un bras et une jambe jazzy de tape-à-l’œil. Lake pèche par complaisance, envers ses interprètes, sa gestuelle et son propos. Reste la triste impression d’assister à un show d’étudiants, mal défini. La vidéo danse qui ouvre cette partie est pourtant bien réalisée et le duo manipulateur-manipulé, qui arrive trop tard, laisse sentir ce que pourrait être le sceau Lake. Pour l’instant, Chaudières, déplacements et paysages gagnerait à faire plus simple, plus court, et à chercher de façon beaucoup plus profonde sa personnalité.