Roadkill à la Cinquième Salle - Danse de peur

Troisième et dernière pièce du cycle australien de la Cinquième Salle, Roadkill explore le drame à suspens, genre peu exploité en danse, avec un certain brio. La pièce du collectif de Brisbane Splintergroup n'est toutefois pas exempte de faiblesses.

Perdu dans un lieu reculé et inhospitalier inspiré de l'outback australien, un couple se retrouve isolé dans sa voiture en panne, près d'un téléphone public défectueux. La longue attente et les jeux amoureux entrepris pour la déjouer céderont la place à une rencontre étrange, catalyseur de peurs, réelles ou imaginaires.

Roadkill réussit à mettre en scène les phobies humaines et les fantasmes urbains liés à l'isolement, grâce à un montage cinématographique assez efficace de l'action théâtrale. Transitions habiles, retours en arrière, scènes au ralenti — dont on abuse toutefois: tout cela se construit sans effets spéciaux, avec le génie des moyens simples.

Les effets sonores mettent en relief les différents points de vue des protagonistes. Le scénario non linéaire devient kaléidoscopique à force de boucles qui ouvrent sur (trop?) de nouveaux développements ou des histoires parallèles: scène d'auto-stop, poursuite automobile, accident. Au point où l'on peut douter de la réelle existence de cet étranger sorti de nulle part.

Mais voilà, cette mécanique cinématographique tourne parfois à vide, comme si toute la pièce s'y résumait.

Entre physicalité brute à la Ultima Vez et tableaux au ralenti, la chorégraphie semble parfois ardue. Si la danse crée des fractures intéressantes dans la trame temporelle, en étirant les instants, elle ne parvient pas toujours à évoquer les états psychiques des personnages avec la même force.

Une scène se démarque particulièrement: alors que l'étranger suit l'homme de la voiture comme son ombre, une gestuelle siamoise souvent initiée par la tête se met en branle. Elle révèle alors le noeud du drame: est-ce bien la peur de l'autre ou la peur en soi qui se manifeste?

Formé en 2004, le collectif Splintergroup n'a créé qu'une seule autre pièce, Lawn. Mais ses membres poursuivent des carrières parallèles. Gavin Webber a déjà travaillé avec UItima Vez à Bruxelles avant de diriger la compagnie australienne Dancenorth. Grayson Millwood collabore actuellement avec Sasha Waltz et ses invités à Berlin et avec Dancenorth.