De Casse-Noisette à Luskácik, de Montréal à Bratislava

Clara et les soldats
Photo: John Hall Clara et les soldats

La petite Clara fait du chemin: le Casse-Noisette de Fernand Nault se danse ces jours-ci à Bratislava, au Théâtre National de Slovaquie. Repris depuis 45 ans par les Grands Ballets canadiens, l'incontournable ballet du temps des Fêtes est devenu là-bas l'an dernier Luskácik. Avec une nouvelle saveur européenne.

André Laprise est l'héritier chorégraphique de Fernand Nault. C'est lui qui, depuis plus de 20 ans, est répétiteur auprès des enfants et des figurants pour le Casse-Noisette des Grands Ballets canadiens (GBC). Et c'est lui qui est allé en Slovaquie remonter la pièce. Pourquoi le spectacle québécois, alors que plusieurs versions européennes, dont une signée Rudolf Noureev, sont disponibles?

«Dans l'achat d'une pièce, la réputation compte, explique Laprise, le succès et le bouche-à-oreille, mais il y a aussi l'expérience des gens.» Et Mario Radacovksy, directeur du ballet du Théâtre National de Slovaquie, est un ancien des GBC qui a dansé moult Casse-Noisette. Radacovksy aurait aimé la totale, costumes et décors inclus, mais la facture était trop lourde: à eux seuls, les droits pour reprendre Casse-Noisette trois ans s'élèvent à 48 000 $.

L'enrobage a donc été adapté, au théâtre et à la Slovaquie. «Ce n'est pas une copie conforme, mais une production européenne, précise Laprise. La toile de fond au début représente Bratislava, l'intérieur est celui d'une maison slovaque... On est à Bratislava, pas à Montréal.» Mais la chorégraphie et la mise en scène ont été respectées au poil près.


Petits rats d'ici, petits rats d'ailleurs

Comme fiduciaire du Fonds Nault, André Laprise s'assure que l'intégrité de l'oeuvre est préservée. Pas facile quand la langue fait barrière. «Les Slovaques sont absolument charmants, généreux, réservés, hyper-travaillants, mais ils ne sont pas encore habitués avec les étrangers. Les jeunes commencent à peine à se dégêner, à comprendre que l'anglais est une langue importante.»

Des interprètes étaient donc en studio. «J'ai travaillé avec quelques mots clés afin de transmettre la compréhension la plus juste de la pièce.» Avec l'aide de Mario Radacovsky, qui connaît les premiers rôles, et des maîtres de ballet, la chorégraphie a été remontée. Laprise a naturellement dirigé les enfants, sa spécialité. «Chaque année, ce sont des ressources complètement neuves.»

Et malgré ses 26 ans à travailler Casse-Noisette, les gamins font que «c'est très difficile de tomber sur le pilote automatique, je suis obligé de me renouveler». Y a-t-il une différence entre les petits rats d'ici et les petits rats de Slovaquie? «Tous les enfants là-bas sont pensionnaires au Conservatoire de danse. Ils ont la culture de la danse classique et de la danse folklorique. J'ai eu l'impression de retrouver ce que j'avais déjà connu ici.»


Le sens du détail

Cette intégrité chorégraphique dont Laprise est le gardien, quelle est-elle? «Ça se joue dans le sens du détail, dans la justesse et la mise en scène. M. Nault s'attardait à de petites, petites choses, dans toutes ses oeuvres: le détail dans la musique, le décor, le costume, l'angle dans le positionnement du corps. Il venait de la tradition du ballet-théâtre et le sens théâtral est important aussi. C'est notre travail de maintenir tout ça.» Si le Casse-Noisette des GBC se rend à Québec, s'il a déjà été applaudi à Ottawa et à Saint-Louis, Missouri, pour Laprise «c'est extraordinaire que ce produit soit exporté. On sait que la danse moderne québécoise sort beaucoup, mais qu'une oeuvre de cette ampleur sorte... on a de quoi en être fier.» À Bratislava, Luskácik a été vu l'an dernier par 8000 spectateurs sur dix représentations. Et cette année, à un mois de la première, 80 % des billets avaient déjà trouvé preneurs.


La couronne du Roi Bonbon

Pour permettre aux enfants défavorisés de voir Casse-Noisette, les GBC ont mis en vente cette année des décorations de Noël. Le designer Jean-Daniel Pilon s'est inspiré des personnages et le Roi Bonbon, la Reine des Neiges, les Espagnoles et les anges bonbon-mousse ont maintenant leur couronne de Noël et leur centre de table.

Chaque objet est produit à dix exemplaires et fait en grande partie de matériaux verts, explique Pilon. «Le sapinage, les plumes, les boules sont recyclés. C'est un projet noble, pour les enfants. Vous auriez dû voir le montage, dans les paillettes. Il y a avait une féerie de Noël dans l'atelier!» De 175 $ à 250 $, pour la bonne cause.

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