Danse - L'exil et le retour à soi

Diasporama-tétralogie de PPS Danse
Photo: Peter Juranka Diasporama-tétralogie de PPS Danse

Quatre terres d'accueil et de création, une seule scène originelle, celle du Québec. Nés ici, Luc Dunberry, Mireille Leblanc, André Gingras et Linda Mancini vivent expatriés en Europe et ailleurs en Amérique depuis des années. Réunis par la compagnie PPS Danse, ils se réapproprient leur identité québécoise originelle le temps d'un spectacle.

Diasporama-tétralogie s'est construit autour d'une nécessité chez le chorégraphe Pierre-Paul Savoie: se ressourcer, à l'aube de ses 50 ans et pour les 20 ans de sa compagnie PPS Danse, se nourrir d'autres visions que la sienne propre. Mais même en période de profond questionnement, l'ego de l'artiste ne l'emporte jamais sur le passeur, dévoué à son milieu depuis deux décennies. D'où l'idée d'offrir à des artistes d'ici qui ont refait leur vie ailleurs une vitrine pour exposer leur travail tout en se permettant de se frotter à d'autres univers.

«Il y a un jeu d'échanges culturels, explique-t-il. Ils sont dans une culture d'accueil, donc dans des environnements artistiques complètement différents. Quelles sont leurs sphères d'influences maintenant?»

Le chorégraphe leur a donc donné carte blanche, avec pour seuls paramètres de l'intégrer, lui, comme interprète, dans leur création solo ou duo. Un dénominateur commun? «Leur interdisciplinarité», répond M. Savoie, et un même tapis de danse comme base scénographique pour faciliter, notamment du point de vue technique, le passage d'une pièce à l'autre.


Hors des territoires connus

Luc Dunberry rêvait d'aller vivre et travailler en Europe. Il danse pour la prestigieuse compagnie Sasha Waltz & Guests de Berlin et élabore son propre travail chorégraphique depuis plus de dix ans. En 2006, il créait aussi d'avant, notamment avec Sidi Larbi Cherkaoui. Loin du texte et de la forme narrative, son Mi-un, ni d'eux expose «la difficulté de rallier le cérébral et l'émotif», résume Pierre-Paul Savoie, qui danse ici avec Marc Boivin. «Nous sommes les deux parties d'un même être.» La danse dialogue avec l'image vidéo, qui évoque la tension entre nature et culture chez l'humain.

En Suède, sa terre d'accueil, où elle a suivi son amoureux à Göteborg, Mireille Leblanc baigne dans l'univers de la danse-théâtre absurde. Une influence qui déteint sur Je suis moche, solo troublant où elle aborde la perte d'autonomie de sa belle-mère suédoise «transposée dans l'univers de Romain Gary», plus précisément celui de son roman Le Grand Vestiaire, indique M. Savoie, qui en cite des extraits. «C'est triste, pathétique, mais il y a des fous rires dans les choses incongrues qu'elle me fait faire», dit-il.

C'est dans la jungle new-yorkaise qu'a choisi de s'enraciner Linda Mancini, qui a commencé sa carrière en danse pour dériver vers la performance, l'écriture et le cinéma. Le solo «très atmosphérique» Bain public se déroule dans un bain. Des messages laissés sur le répondeur servent de trame de fond, mais la performance sur scène va dans une tout autre direction. «Elle a travaillé sur la notion de rejet et d'apitoiement sur soi-même», dit le danseur à propos de la pièce inspirée par La Voix humaine, de Jean Cocteau.

André Gingras, lui, fait le pont entre New York, où il s'est d'abord exilé, et les Pays-Bas, où il est installé depuis 12 ans. C'est le seul artiste qui a récemment présenté son travail sur nos scènes: son solo CYP 17 en 2005 et le duo de révolte très physique ... et comme si l'air allait s'embraser, créé pour Diasporama, qu'on a déjà vu en 2008.

Mais cette poussée hors de soi et des territoires connus fait aussi partie de la démarche de PPS Danse. «Leur vision de moi n'était pas des territoires auxquels j'étais habitué; les hommes surtout ne voyaient pas mon corps vieillissant», confie M. Savoie en citant comme exemple la violence du duo d'André Gingras, totalement étrangère à la nature plutôt douce du chorégraphe-danseur. «Les femmes m'ont fait réaliser que mon corps vieillissant avait gagné en capacité d'interprétation, de jeu théâtral. Ça élargit mon registre, ç'a été un fabuleux voyage pour moi.»

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