Spectacle - L'ange du cimetière

Il descend habituellement du ciel, mais celui-ci a élu domicile sur la terre bien humaine d'un cimetière. L'ange Gregory est l'alter ego de Duda Païva dans Angel, corps à corps entre un danseur et sa marionnette, présenté au Théâtre La Chapelle jusqu'à samedi.

Assis sur une pierre tombale, Gregory taraude un clochard ivre venu y échouer. Créature de son esprit coupable ou véritable messager venu lui faire son procès? Au spectateur de dénouer le suspens poétique.

Le pas de deux aborde moins la mort que la vie de chair et de sang, et les tourments métaphysiques parfois risibles de l'homme, selon le danseur et marionnettiste, Duda Païva.

«Le poids émotif est très intense, on le sent plus dans ses tripes que dans l'intellect», résume l'artiste.

Créé en 2004, plusieurs fois primé, Angel est devenu le duo (pour un seul homme!) emblématique du Néerlandais d'origine brésilienne Duda Païva, au fil des représentations sur les scènes d'Europe et d'Amérique du Sud. Il continue sa tournée mondiale même si huit autres pièces de l'artiste ont vu le jour depuis.

Le danseur professionnel a adopté l'art de la marionnette grâce au «hasard heureux» d'une rencontre avec la troupe israélienne Gertrude Theatre, en 1998.

«La marionnette est un guerrier avec sa hache, qui peut briser le quatrième mur du théâtre, affirme-t-il en entrevue au Devoir. La danse pure ne m'attire pas. Utiliser l'abstraction de la danse et le poids plus réaliste de la marionnette créait un bel équilibre. La marionnette a besoin de la réaction du public pour la rendre vivante; elle crée donc un pont privilégié entre la danse et le spectateur.»

Avec son comparse Paul Selwyn Norton qui signe la mise en scène, il a développé une technique appelée «dividing the beats» (littéralement «diviser les rythmes») qui permet de prolonger la chorégraphie et le langage gestuel du danseur à travers la marionnette.

«Ça consiste à isoler chaque mouvement que fait la marionnette, explique-t-il. Le défi, c'est qu'on se retrouve avec deux corps dansants: le corps-objet (marionnette) et son propre corps et il faut distinguer le point central de chacun.»

Résultat: l'illusion est parfaite, selon plusieurs critiques, on croit vraiment qu'ils sont deux à dialoguer par le geste, tandis que d'autres voient plutôt le texte et le scénario en pâtir un peu.

L'illusion de réalité vient peut-être aussi du fait que la marionnette à gaine en mousse s'inspire d'une scène réelle: l'émotion ressentie par Duda Païva devant la statuette d'un petit garçon ornant une pierre tombale dans un cimetière cubain.

«L'expression de ce petit garçon était tellement pétrie de sentiments mélangés que j'ai pensé: "Il veut me dire quelque chose", raconte l'artiste. Angel lui est dédié.»

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