Danse - Art total

Présenté jusqu'à demain au Centre Pierre-Péladeau, Foi est un véritable chef d'oeuvre où danse, théâtre, musique, chant composent une vibrante ode à la vie humaine, trop humaine.

Rarement a-t-on vu spectacle aussi bouleversant que celui des Ballets C. de la B., compagnie de danse-théâtre contemporaine implantée en Belgique, mais dont les interprètes et chorégraphes nous font faire le tour de l'humanité. Foi de Sidi Larbi Cherkaoui et de l'ensemble vocal et instrumental Capilla Flamenca peut arborer haut et fort son titre d'opéra médiévo-contemporain. L'oeuvre magistrale et troublante réunit 18 interprètes de tous âges et nationalités, bourrés de talents, autour d'un thème qui en recouvre mille autres: les valeurs, celles qu'on a perdues, celles qui couvent dans un coin reculé de notre conscience collective et se transmettent à tort ou à raison, d'une époque à l'autre: la haine, l'amour, le pardon et surtout, l'espoir.

La pièce s'ouvre sur une scène de désolation comme si une bombe venait d'exploser. Une dame cherche son fils parmi les débris et ce qui semble être des cadavres. Mais voilà que des anges l'accompagnent et ramènent à la vie les êtres qu'on croyait morts. S'amorce alors le récit d'un étrange purgatoire, no man's land où se côtoient la détresse, l'humour, la violence, la sollicitude.

L'humeur est au croisement de celle du film Les Ailes du désir de Wim Wenders et des oeuvres du chorégraphe Wim Vandekeybus avec qui Cherkaoui a dansé: du chaos pourtant extrêmement ordonné se dégage une poésie parfois pleine de rage ou de douceur. Si bien qu'il est difficile de résumer cette chorégraphie musico-théâtrale qui aborde la guerre aussi bien que le drame familial, la religion et la prière, intégrant toujours la grande histoire dans la petite.

Les anges-danseurs passent à travers la vie comme un souffle de beauté, baume d'espoir. Leur danse se met au diapason des divers états d'âme qui traversent la pièce, tantôt légère et souple, tantôt convulsive et douloureuse. Si des personnages se démarquent, ils ne font que passer, chaque interprète incarnant plusieurs vies ou archétypes humains: une afro-américaine (jouée par un homme) ayant une parole biblique bien placée, dans un accent du Texas qui désarmorce à tout coup l'intensité tragique; une jeune femme aguichante mais mal dans sa peau, qui raconte toujours des histoires; une mystérieuse opératrice, tantôt meurtrière, tantôt chanteuse de music hall, qui semble le catalyseur de toute cette odyssée.

Ce mélange des genres et des cultures est porté du début à la fin par une musique et des chants médiévaux sublimes, interprétés sur scène, et qui berce le public d'une histoire à l'autre. Ne vivons-nous pas un éternel Moyen Âge, avec ce qu'il recèle de noirceur et de beauté, de déclin et de grandeur ?