Danse - Une histoire de perte

De «petite danse avec les mots», ainsi que la résume sa conceptrice Catherine Lalonde, Musica nocturna est devenue une oeuvre intégrale sur la perte, déclinée en danse et en poésie, produite par Danse-Cité dans le cadre du Festival international de littérature.

Dans sa métamorphose, l'oeuvre courte présentée dans l'intimité de l'Espace Geordie en 2007 n'a pas changé de visage: une histoire d'amour condamnée à mourir, incarnée par le comédien Jean-François Casabone et la danseuse Geneviève La. Elle n'a pas non plus changé de moteur puisque le thème de l'amour «permet [encore] à la danse et au texte de se retrouver à travers un couple fictionnel», explique Catherine Lalonde, danseuse, poète honorée du prix Émile-Nelligan pour son recueil Corps étranger et collaboratrice du Devoir à ses heures.

Des couches de sens

Mais Musica nocturna, basée sur un texte écrit antérieurement qui n'avait rien à voir avec un récit amoureux, a certes pris beaucoup de corps et accumulé les couches de sens, selon sa créatrice.

«Je réalise que, socialement, le texte, l'intelligence, le côté cérébral sont encore associés à la masculinité; et la femme est associée au corps, à l'oralité, aux berceuses, aux choses plus animales et éphémères», déclare celle qui, notamment, a dansé pour Jean-Pierre Perreault. «C'est ça que j'ai mis en scène; c'est moi qui intègre cette vision sociale et ai du mal à m'en débarrasser. Comment est-ce que je peux me croire comme femme qui écrit avec le bagage social qu'on a?», se demande-t-elle, trop franche et lucide pour se gêner de déballer la mécanique inconsciente de sa propre oeuvre.

Si la lecture du Journal de la création de Nancy Huston l'a amenée à faire ce constat, c'est l'auteur Pascal Quignard qui lui a inspiré le thème du passage du temps, «des traces qu'on laisse et qu'on ne laisse pas», dit-elle. Une question qui hante son rapport à ses deux pratiques artistiques: la poésie et la danse.

Elle les joint d'ailleurs sur scène pour la première fois avec autant de bonheur que d'angoisse, puisqu'elle sait l'extrême difficulté de monter une pièce réussie où le mouvement côtoie le texte. «C'est complètement casse-gueule! reconnaît-elle. «En ce moment, j'ai juste envie d'aller me cacher en Afrique!» Elle s'y frotte par nécessité, au risque de s'y piquer.

Le temps de création a aussi permis l'éclosion d'une scénographie plus élaborée. Mais faute de moyens, le décor s'est constitué essentiellement à partir de ballots de papier recyclé donnés par Cascade et de livres... promis au pilonnage! De là, la seconde grande prise de conscience de la poète-danseuse: «Je me suis vraiment confrontée à la mort du texte alors qu'à la base, j'avais l'impression que le texte était plus immuable que le geste.»

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Musica nocturna

Festival international de littérature

Du 23 septembre au 3 octobre à l'Usine C

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