Festival TransAmériques - Benoît Lachambre : sacrifier le sacrifice

Alors que son duo Is You Me avec Louise Lecavalier continue de tourner en Europe, Benoît Lachambre présente au Festival TransAmériques sa nouvelle pièce, co-chorégraphiée avec Su-Feh Lee: Body-Scan, ou le laboratoire physique de l'énergie et de l'énergétique.

«On a l'habitude de mettre le corps en sacrifice sur scène, explique Benoît Lachambre en entrevue. Nous, on a décidé de sacrifier le sacrifice, de ne pas mettre du tout le corps en sacrifice. Ça veut dire qu'il n'y a pas d'inconforts imposés dans le travail. On veut que la pièce soit un processus de guérison et de bien-être. Tsé, quand on dit que le produit créé la demande? Si tu crées toujours des produits d'inconfort, tu en deviens dépendant, tu en as besoin pour être satisfait, pour avoir l'impression d'avoir un bon show. Tant pour le public que pour les interprètes. Des fois, je pense que c'est bien de mettre ça de côté, de dire non.»

Lachambre travaille depuis des années sur l'énergie, l'énergétique, la respiration. Comme un moine contemporain, dans un travail assidu d'écoute, de recherche physique, d'observation et d'improvisation. La rencontre avec Su-Feh Lee, d'origine malaisienne et désormais Vancouvéroise, rodée tant à la danse qu'au Qi Gong et aux arts martiaux, lui a offert de nouvelles ouvertures. «On s'adresse dans le travail aux mêmes éléments, mais de différents points de vue. Le Qi Gong de Su-Feh est un exercice plus formel, une autre approche de la structure du corps, qui propose une nouvelle façon de dessiner le corps de l'intérieur, très agréable.»

Le duo a décidé d'offrir au public des clés au début du spectacle, en expliquant carrément ce que les six danseurs cherchent. «On a travaillé différentes notions de toucher, avec le matériel, à travers l'espace, le non-toucher aussi. On cherche à être en confort, énormément en confiance, en écoute et en situation de bien-être. La question s'est posée durant le processus: si on cherche juste à être bien, est-ce que c'est une pièce qu'on peut performer? Doucement, cette question s'est dissoute pour laisser place à une affirmation.» L'artiste visuel Robert Flynt vient ajouter une touche, cumulant les photos à exposition lente et les flashs de lumière pour construire sur les danseurs des images, fantômes de leur propre corps.

Pour Lachambre, Body-Scan est une suite de sa pièce précédente, mais une suite moins ludique, sans le sens de l'humour de Lugares comunes. De son côté, le directeur général de sa compagnie, André Malacket, précise que Body-Scan est une des pièces laboratoires de Lachambre. «Ça ne ressemble pas du tout à ce qu'il a fait avec Lecavalier dans Is You Me. C'est ce qu'il y a de génial à travailler pour Benoît: c'est un chorégraphe qui a plusieurs tonalités et plusieurs textures.» Et un interprète d'une rare intensité. Body-Scan est présenté à l'Usine C du 30 mai au 1er juin.

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Collaboratrice du Devoir