Danse - Les anges déchus

L'ancien critique de danse Norman[n] Marcy présente cette semaine Fluidengin, un univers foisonnant de détails, iconoclaste et décalé. Presque un manga dansé, irrévérencieux, où le son est à l'honneur.

Que d'accessoires! Que de costumes! Une cage à chien, une télé, une femme à moustaches, des oreilles de lapin, de renne, un bouledogue en peluche, des genouillères, des bottes d'hiver, de longs tubes qui servent d'instrument de musique, un casque de cosmonaute, des cornes de diable, un ange clope au bec, alouette...

L'utile et l'inutile se côtoient. Le bruit des corps est capté, trafiqué par Nans Bortuzzo et relancé en surround entre les musiques de Léo Ferré et The Killers. La gestuelle joue sur deux tons. De petits jeux de jambes explosifs, passés, développés à ras le sol et pliés faits baskets aux pieds. Puis des chutes: quand ça se met à bouger, alors ça se lance, ça roule, ça se claque la peau au sol, ça chute de haut. Ouch! Marcy cherche l'image-choc, mais malgré les outils qu'ils se donnent — ai-je parlé des vidéos? — les tableaux sonnent souvent creux.

Avec tant de jouets et sept interprètes qui se démènent, pourquoi n'est-on pas plus happé? Le chorégraphe n'exploite pas le plein potentiel de ses images, les crescendo sont tronqués trop vite ou finissent de façon trop brouillonne pour laisser une empreinte. Les interprètes sont jeunes et Fluidengin souffre d'un problème de distribution, même si les danseuses se lancent avec une généreuse fougue. On ne croit pas à leur hargne ni à leurs cris, contenus ou lâchés, et comme c'est ici le nerf de la guerre, la proposition en est affaiblie.

Dans le dernier tiers, toutefois, la forme, le contenant et le contenu s'arriment. À partir du court duo de Raphaëlle Perreault et de Luce Boily Minville, l'émotion qui sous-tend cette agitation se laisse sentir. La vidéo du bonhomme Playmobile est un délice, le tableau des jets d'eau vivants est jubilatoire et le duo final, enfin, est sensible et poreux. Mardi, à la première, la calme et juste concentration de Marie-Joëlle Hadd ressortait avant même qu'elle ne dévoile dans l'acrobatique une force interne surprenante. Et le travail sur le son en temps réel est très intéressant. Mais l'ensemble a besoin d'être canalisé davantage.

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Collaboratrice du Devoir

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Fluidengin

De Norman[n] Marcy. Présenté par BAnG! de brut... Avec Luce Boily Minville, Barthélémy Glumineau, Marie-Joëlle Hadd, Mélina Lalande Gauthier, Jade Marquis, Émilie Morin et Raphaëlle Perreault. Au théâtre La Chapelle jusqu'au 2 mai.

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