Un, dos, tres: salsa!

Envie d'accélérer la venue du soleil? Rejoignez les 5000 salseros de la Convention de salsa de Montréal pour brûler les planches du Métropolis et de l'hôtel Hyatt pendant cinq jours de fiesta très latine.

Organisée pour la cinquième année par les productions San Tropez, la Convention de salsa de Montréal (CSM) reçoit du 15 au 19 avril professeurs, musiciens et danseurs. Cette année, un atelier d'une heure et demie le samedi propose aux débutants d'en être aussi. La CSM permet de voir des salseros virtuoses de partout au Canada, de Porto Rico, New York ou Miami. Côté cours, plusieurs classes de maître, surtout celle d'Eddie Torres, «The Mambo King», une légende vivante. Autre nouveauté: le spectacle Tierra Nueva, de Salsa Team Canada. Dans un enrobage théâtral, pour plaire aux néophytes, des numéros traiteront sur un rythme un-dos-tres de sauvegarde de la planète.

Mettez-y de la sauce

La fondatrice de la CSM, Sonya Kyriacou, est ravie d'avoir à accueillir tout ce beau monde. Sa convention, croit-elle, se démarque. «Ici, les gens sont plus ouverts, prêts à accepter les styles et les niveaux différents.» On s'attarde moins aux différences, qu'on danse cubain, colombien ou Los Angeles. La salsa — traduit par «sauce» ou «saveur», selon les interprétations — est d'abord une musique.

Saul Escalona, docteur à la Sorbonne, a creusé le sujet. Personne, dit-il, n'identifie l'origine du mot. «Les Colombiens affirment qu'elle est née en Colombie, les Vénézuéliens disent que c'est de chez eux que le nom est parti. Les Portoricains la revendiquent; ils ont même inventé le Jour national de la Salsa, le 5 novembre», rappelle-t-il dans La Salsa, aux éditions l'Harmattan. En 1965, on retrouve un courant de jam-session latin, et les musiciens installent la musique afro-cubaine pour de bon à New York. En 1975, la maison de disques Fania Records sort le film Salsa. Le mot reste. «Salsa, dit Mayra Martinez, désignait autant le guaguanco, la guaracha, le son, le bolero, le merengue et tout ce qu'on pouvait [y] faire entrer.» Les chorégraphies évoluent autant.

Plusieurs nomment Cuba comme berceau de la danse, dérivée là-bas de la rumba. Tout ce grand brassage séduit Sonya Kyriacou. «En salsa, on peut mixer les styles, avoir un feeling de tango, de baladi, d'afro-cubain. On peut personnaliser la musique. C'est cette liberté qui m'attire.»

Coup de foudre

Pour Escalona, la joie de vivre du mouvement, la complicité des danseurs et les rapports de séduction singés créent le coup de foudre salsa. Nadine Savard, de Québec, connaît bien. Étudiante en danse contemporaine, un voyage dans le sud change sa vie. «J'y ai découvert la danse de couple, oubliée de notre génération, explique la trentenaire. Nos parents dansaient la valse, le rock, mais après la mode ballet-jazz, on était dans une période de danses individuelles.»

Elle est happée par l'esprit de fête, les improvisations et la complicité avec son partenaire... devenu depuis son mari. Et malgré les talons vertigineux et les heures de pratique, «je ne me blesse plus, même quand je m'entraîne beaucoup ou quand on travaille les acrobaties. Mon corps pourtant a vieilli». Elle a désormais son école dans la Vieille Capitale, Bella Salsa. La CSM est pour elle un rendez-vous. «C'est envoûtant. On est baignés dans la salsa. De grands orchestres de renommée internationale sont là, c'est extraordinaire! Tu ne sens plus la musique de la même façon.»

Le genre a connu un boom de 1975 à 1979. Les jupes microscopiques et le côté léché des latin lovers de l'époque sont devenus clichés. Que répondre à ceux qui trouvent la salsa trop kitsch? «C'est une image désuète, répond Kyiacou en riant, comme les danseurs de tango rose à la bouche. Il y a une salsa cool, très relax, comme il y a la salsa spectacle. Il faut venir voir!» On peut déjà consulter le www.montrealsalsaconvention.com.

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Collaboratrice du Devoir

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