Danse - Le beau risque

En 2006, Wen Wei Wang avait séduit public et critiques avec Unbound. Le chorégraphe revient avec Three sixty five, une très belle étude des saisons humaines sur du Vivaldi trafiqué. Des femmes en automne, des hommes en printemps. Et variations sur le thème.

La scénographie est simple: grille d'éclairages baissée, un violon argenté suspendu qui rappelle le violoncelle de la musicienne Peggy Lee installée en coin de scène. Dans le coin opposé, le compositeur Giorgio Magnanensi, dos au public. Les six danseurs entrent un à un, sculptent l'espace. Une fluidité, une légèreté émanent des corps. Le rythme est vif, saisi de pauses, de iatus et de syncopes. Les costumes changent comme les saisons, sans la chronologie.Tout de blanc vêtu. En short et camisoles aux coloris bleu, lavande ou rose tout à fait pascals. Les danseurs font tous les temps: le corps, torse nu, tordu d'érotisme et baigné de lumière rouge ou les gestes vibrants d'une fébrilité et d'un humour printanier. Wen Wei Wang alterne les transitions finement cousues et d'autres où courses et marches lavent simplement l'espace. Sa composition est pure et efficace, ses séquences de groupe brillent de simples et lumineuses trouvailles. Lignes humaines, petits ilots d'êtres d'où on s'échappe, l'ensemble se construit et s'égrenne. Chaque danseur fait bien et clairement, l'image en devient riche. Des tableaux jouent sur la physicalité et la géométrie. Ailleurs, les échanges de regard donnent une présence aux visages. Des lèvres bougent, une dextérité de mains rend sensible. La finesse est là. Les couleurs des éclairages sont surprenantes, n'hésitent pas à donner dans le mauve ou le vert. La déconstruction électronique live des Quatre Saisons de Vivaldi nourrit les danseurs et l'esthétique, mais va si loin qu'elle en devient irritante. Et par moments bloque l'absorption. Le son, en ce soir de première, était très fort. Les créateurs voulaient-ils vraiment qu'on en sorte les oreilles bourdonnantes? Un peu d'indulgence musicale et de pauses permettraient de respirer. Comme le chorégraphe le fait pour l'oeil, en reprenant des séquences et des images en repère. Car lorsque les thèmes de Vivaldi émergent de la trame, on les reconnaît avec une réelle joie... et soulagement.


Wen Wei Wang est maître de son écriture. Il monte des langages féminins et masculins aussi pleins l'un que l'autre. Et s'il danse, admirable dans un solo où ses mains vibrent en un fascinant pointillisme, il a le talent de transmettre à ses interprètes, de se fier à leur individualité pour créer un univers où chacun brille de présence et de précision. Si la finale laisse perplexe après l'évolution installée, la pièce demeure belle et ciselée. Danse Danse prend ici un beau risque, un pas hors de là où on l'attend habituellement.

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Collaboratrice du Devoir

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Three Sixty Five
de Wen Wei Dance. Au Centre Pierre-Péladeau, jusqu’au 11 avril.