Danse - La gigue sort de ses pompes

Résolument tournée vers l’avenir, la gigue d’aujourd’hui ne renie pas pour autant ses racines bien ancrées dans le passé.
Photo: Résolument tournée vers l’avenir, la gigue d’aujourd’hui ne renie pas pour autant ses racines bien ancrées dans le passé.

Il y a gigue et gigue. À Tangente, la gigue sort littéralement de ses pompes usées et dépoussière le genre en s'éclatant sous mille formes, mêlant podorythmie, danse contemporaine et explorations percussives.

Avec la tenue de la troisième Biennale de gigue contemporaine, Tangente est en passe de consacrer la renaissance de cet art percussif qu'on croyait relégué au folklore. Résolument tournée vers l'avenir, la gigue d'aujourd'hui se déclinera dès le 26 mars sur tous les tons, même si elle ne renie pas pour autant ses racines bien ancrées dans le passé, affirme Lük Fleury, instigateur de ce nouveau mouvement et de la Biennale de gigue contemporaine.

«Les gens connaissent les soirées du Plateau et la musique traditionnelle qui s'est réinventée ces dernières années. C'est comme une suite logique à tout cela. Nous aussi nous voulons défoncer des portes et réinventer la gigue!» affirme-t-il.

Après deux biennales et plusieurs spectacles présentés grâce à l'appui indéfectible de Tangente depuis dix ans, le retour de la gigue nouveau genre est chose faite. Oubliez violons, ruine-babines et accordéons: taper du pied prend plus d'un visage aujourd'hui, dix ans après que Lük Fleury eut présenté Le Choeur des silences, une oeuvre théâtrale couronnée d'un masque en 1998, où les acteurs se répondaient à coups de répliques dansées et parlées.

Si la biennale s'annonce comme un florilège de styles plus différents les uns que les autres, c'est que la gigue est avant tout l'expression d'une collectivité, soutient Fleury. «La gigue a évolué à travers les siècles de façon communautaire. Pour moi, la gigue ce n'est pas le travail d'un artiste, mais de toute une communauté. On reste donc en filiation avec ce qui fut d'abord le langage d'un peuple. Avec la biennale, c'est tous ensemble qu'on fait avancer ce mouvement, même si les genres sont tous différents», soutient Fleury, qui danse depuis près de 25 ans avec Les Éclusiers de Lachine.

Malgré l'insatiable travail d'exploration qu'il poursuit, Fleury ne lève pas le nez sur la gigue traditionnelle, cette danse arrivée en Amérique avec le flot d'immigrants irlandais débarqués au milieu du XIXe siècle. Valse clog pour les Anglais, grande gigue simple pour les Français, les danses percussives ont rapidement envahi les fêtes populaires du Québec avant d'être reléguées aux oubliettes il y a quelques décennies. Le succès international remporté par la troupe Riverdance depuis 1995 a toutefois ramené la gigue à l'avant-scène et a insufflé le goût à plusieurs de revisiter ces pas festifs.

À l'occasion de cette 3e Biennale, présentée sur deux fins de semaine, on pourra notamment goûter à la fougue de Jean-Philippe Lortie dans Fanfare, une gigue version urbaine qui fusionne danse contemporaine et pas martelés à coups d'espadrilles Converse. «C'est une proposition plus visuelle que rythmique qui explore les mouvements du haut du corps», soutient Lük Fleury. Le programme du premier week-end (26 au 29 mars) sera nettement tourné vers la liberté chorégraphique et l'éclatement de la gigue traditionnelle.

Le deuxième week-end (2 au 5 avril) s'annonce plus marqué par l'exploration du rythme, de la musicalité et des textures, notamment avec Pulsar, créée par Luca Palladino, une oeuvre qui décortique le son grâce au sonotron, un instrument qui permet de démultiplier et de modifier le son créé par les tapements de pied. Dans la même veine, l'ex-membre de la Bottine souriante Sandy Silva présentera Do I Know you?, une oeuvre de 45 minutes qui fait non seulement appel au travail des pieds, mais aussi à la percussion des mains sur le corps (body clapping) et sur les murs, pour une expérience percussive totale amplifiée par micro. Le programme s'ouvrira avec Sax Addict, une chorégraphie originale où seuls les pieds des interprètes seront visibles.

Trois événements spéciaux compléteront cette troisième biennale, dont la projection de Rétro, une docu-fiction fantaisiste de Nancy Gloutnez et Philippe Meunier qui rend compte de l'effervescence de la gigue à Montréal, et Gigues et Croissants, une table ronde sur la gigue contemporaine qui réunira un historien et des artistes de la biennale à Tangente le dimanche 5 avril, à 11h30. Ceux qui veulent vraiment prendre leur pied iront à Improfolklo, un match d'improvisation délirant pour gigueurs et musiciens qui se tiendra au Café campus à 19h.

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3e Biennale de gigue contemporaine

Du 26 au 29 mars, puis du 2 au 5 avril

Agora de la danse

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