Danse - Démagogie de l'extase

Le musicien en jeans, le danseur en survêtement et gougounes aux pieds entrent sans façon sur scène, alors que la salle est toujours allumée. Bienvenue dans le laboratoire de Martin Bélanger, Spoken Word/Body, nouvelle mouture de cette pièce créée en 2002.

Jean-Sébastien Durocher lance le spectacle avec son impeccable montage sonore. Bélanger se lève pour définir spoken word. Quelques gestes, états de corps à l'appui, et des mots. Par capsules, en décrochant entre les chapitres, Bélanger parle du corps et de la lumière, de l'extase et la danse, des réflexes conditionnés, de l'intelligence artificielle. Avec des citations de Jacques Attali, de Michel Houellebecq et de son journal intime à l'appui. Il ratisse large.

Cette construction se répète. Bélanger expose sa théorie, tombe dans le sensoriel, bouge un peu, décroche. Et recommence. Sa gestuelle est très personnelle. Les articulations sont marquées. Beaucoup de reptations, de bercements au sol, de vibrations. Le visage est impliqué, langue et grimace incluses, le corps est décomposé. Entre les parenthèses de mouvements, Bélanger parle et explique, voix sèche, enregistrée, ou micro dans la bouche. La complicité entre le danseur et son musicien, les éclairages de Jean Jauvin, le travail de Bélanger pour être au présent, avec simplicité, sont les points forts de Spoken Word/Body. Comme ces perles où son corps apparaît transformé, d'une autre texture. Des moments fascinants mais trop courts, qui n'arrivent pas à sortir la proposition de son côté cérébral et de son narcissisme.

C'est la façon dont Bélanger porte son discours qui mine la proposition. Il parle de ce qu'il va faire, pourquoi il l'a fait. Si les idées étaient intégrées, les explications passeraient dans le corps. Le rapport qu'il construit avec son public-interlocuteur en est tordu. D'un côté, Bélanger souligne l'idée de danser sans le regard de l'autre, ne se gêne pas pour faire ses morceaux les plus signifiants dos au public, dans une quasi-noirceur ou chandail sur la tête. De l'autre côté, dans un épilogue sublime de démagogie, il précise que sa pièce se veut une poche de résistance, un espace de beauté face à l'absurdité du monde. Quel est ce besoin de prémâcher la pensée pour le public? Les vraies poches de résistance sont indéniables. Elles n'ont pas besoin de s'autoétiqueter. Moins de théories, plus de corps. Moins d'explications, plus de mouvements. Comme dans le dicton. On ne veut pas le savoir. On veut le voir.

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Collaboratrice du Devoir

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Spoken Word/Body

À l'Agora de la Danse, du 26 au 28 février

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