Danse - La maison des merveilles de Saint-Henri

Un spectacle de danse dans un appartement de Saint-Henri? Encore une idée de La 2e porte à gauche. Rendez-vous rue Notre-Dame, dans un loft improbable qui n'en finit plus de finir. Un loft envahi par douze danseurs-chorégraphes dans une colocation inusitée avec le public.

C'est bière à la main que l'on entre, accueilli par les danseurs (qui offrent bretzels et croustilles) comme par des amis. La beauté du lieu fait oublier le chapelet des consignes à respecter: ôter ses bottes, ne pas mettre ses pieds là, ne pas s'asseoir ici. De bien légères contraintes pour se payer le plaisir de sortir des théâtres. Car ce 9 1/2 à part propose une rare proximité entre le public et les danseurs. On peut se faire frôler, réagir, parler. Ou pas. Le spectateur s'y promène à son gré. Les pièces sont peu à peu envahies par une accumulation de courtes performances et de jeux chorégraphiques simples. Impossible de tout voir, de tout vivre. Il faut choisir entre la salle d'eau rose bonbon où Frédérick Gravel, dans la baignoire, parle de la difficulté de vivre de la danse. Ou se retrouver enfermé dans un placard noir pendant dix minutes avec trois danseurs. Ou s'asseoir dans la chaise berçante, un peu à l'écart, et regarder de loin.

Les idées ont été passées au malaxeur et sont dansées par ceux qui ne les ont pas eues. Et comme Gravel et Katya Montaignac ont mis en scène les chorégraphes et danseurs Marie Béland, Johanna Bienaise, Nicolas Cantin, Emmanuel Jouthe, Maya Ostrofsky, les deux Soeurs Schmutt, Anne Thériault, Andrew Turner et le plasticien et vidéaste Martin Lemieux, ça en fait, des idées. Exécutées dans la fraîcheur et le côté désordre d'une part d'improvisation. Cette maison des merveilles provoque une mise en alerte, une curiosité et un état de jeu rare chez le spectateur qui peut participer à un tournage vidéo, voir des demi-mascottes dans la neige, une toile d'araignée en ruban adhésif, deux ménagères glow in the dark et plusieurs portes qui claquent. Et une impayable libellule poilue en string turquoise. Chaque petite composition crée un état. Le spectateur flotte de l'un à l'autre. On aimerait des évolutions émotives marquées par moments, des acmés, des punchs qui secoueraient cette impression de glissement. Un glissement heureux, mais engourdissant à la longue. Le trajet gagnerait à être resserré, surtout au début et à la fin, il gagnerait à être pimenté, mais il propose déjà une expérience rafraîchissante, unique et magique. Encore un peu jeune dans sa facture. Mais comme le copain invité, grand timide devant l'éternel qui craignait l'aventure, dit avoir «vécu une des dix plus belles expériences artistiques de [sa] vie», on ne fera pas la fine bouche. Douze danseurs presque pour soi, c'est inespéré. Profitez-en.

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Collaboratrice du Devoir

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- La 2e porte à gauche présente Te situes-tu dans l'in situ?: 9 1/2 à part.

Au 3737, rue Notre-Dame Ouest, du 18 au 27 février

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