Danse - Le dernier des Moment'homme

Après 25 ans de rencontre autour de la masculinité en chorégraphie, dernière occasion de voir Moment'homme à Tangente. Si le volet risque de revenir, ce ne sera plus de façon annuelle. Cette dernière scène est laissée à l'Albertain Josh Beamish et au Saguenéen Georges-Nicolas Tremblay. Le Devoir s'est glissé à la générale.

La soirée commence sur une vidéo-danse de Josh Beamish. Rien de vraiment mémorable, un début de soirée qui a du mal à décoller. Mais quand la lumière se lève ensuite sur Beamish et Scott Augustine, agités de la danse détaillée, qui est la signature de Beamish, le plaisir est immédiat. Chandails rayés et culottes courtes, comme des garçons qui auraient grandi trop vite, ils sont le double et le complément l'un de l'autre. La gestuelle ne se déplace pratiquement pas. Beaucoup de mouvements de bras, de mains, de colonne, de petites actions de pieds. Beaucoup de détails accumulés très rapidement, au son des souffles qui permettent aux danseurs de tenir la vitesse. Ces moments touffus, intercalés de simples marches ou de pauses, dessinent une géométrie très claire. Une pureté, même. La façon d'aborder les émotions, doublée du piano de Dustin O'Halloran, est d'un lyrisme un peu adolescent mais très touchant. Le solo d'Augustine en finale glisse toutefois vers le mélo. Et, s'il faut trouver des poux, l'utilisation des souffles si juste en début de pièce, alourdi lorsque la fatigue pousse le danseur à en rajouter. Mais ce sont deux danseurs et un chorégraphe à découvrir. D'une précision, d'une vivacité gestuelle et émotive rare, et qui peuvent encore être resserrées pour nous éblouir davantage. Assurément un créateur à surveiller.

En deuxième partie, Georges-Nicolas Tremblay dit travailler sur la résilience selon Boris Cyrulnik. Ah? Oscillant entre le burlesque, le slam dansé, le débordement émotif, le cabotinage et la danse, tous les moyens sont bons. Mais bons pour quoi? Le propos se perd dans la largeur du thème abordé, la pièce manque de définition gestuelle et chorégraphique. Les ruptures de ton constantes ne sont pas efficaces. L'humour est exagéré, les accessoires utilisés en masse et trop souvent de façon gratuite. Le chorégraphe-interprète semble confondre, dans ses deux rôles, intensité et exagération. Tout ça est craché et gagnerait à être pensé et digéré. Reste la rareté de voir un danseur capable d'utiliser sa voix avec coffre et de façon efficace. Mais pour dire quoi?

***

Collaboratrice du Devoir

***

Moment'homme

Zero, de Josh Beamish.

Le phénix (résilience.3), de Georges-Nicolas Tremblay.

À Tangente jusqu'au 1er février.

À voir en vidéo