Danse - La traversée du miroir

La salle du Monument National, dégagée de ses gradins, n'a jamais semblé si grande. C'est que David Pressault invite le public à prendre pied à même le plateau, à côtoyer les danseurs dans ce Corps intérieur.

Moitié danse, moitié installation d'art vivant, Corps intérieur est un espace ouvert où le spectateur doit circuler pour profiter du spectacle. Karsten Kroll, en maître de cérémonie à quatre pattes, mi-bestial et mi-dompté, invite aux déplacements.

Pressault travaille sur le corps qui surgit dans les rêves. Les interprètes se fondent avec brio à l'onirisme en adoptant des personnages marqués et en composant des images et des textures contrastées. Des aveugles, une femme sauvage, un pendu, des jumelles, une princesse et une diablesse apparaissent et disparaissent, en chair ou en ombres chinoises. L'érotisme est latent, les transitions abruptes, comme lorsqu'un rêve change de ton. Le spectateur doit se résoudre à ne pas tout voir, choisir ses bribes. Des miroirs judicieusement placés permettent de rattraper la donne en créant de superbes mises en abîme. On voit le danseur, le reflet du danseur, et le spectateur en face. Troublant.

Certaines images, si prenantes en rêve, semblent perdre de leur puissance en s'incarnant. Mais retenons ces boîtes de Pandore de l'artiste Gareth Bate, posées aux quatre coins de la salle, où le spectateur doit coller son oeil aux trous du décor pour capter un bout de la folie des danseurs. Et cette belle scène de la table où Angie Cheng est manipulée comme une poupée molle.

À la générale, il était difficile de jauger de l'effet final. Le public résistera-t-il ou se prendra-t-il au jeu? Chose certaine, l'univers est cohérent, l'atmosphère pleine, complétée par l'environnement sonore live de Michel F. Côté et par les toujours efficaces éclairages de Lucie Bazzo. Le lieu est ouvert, prêt à accueillir et à déstabiliser le spectateur.

Collaboratrice du Devoir

***

Corps intérieur

Chorégraphie de David Pressault. Avec Angie Cheng, Anne Lebeau, David Flewelling, Karina Iraola, Karsten Kroll et Daniel Soulières. Au Monument National du 21 au 31 janvier.

À voir en vidéo