Danse - Sonya et Yves: un fantasme de danseurs

Avant de quitter la danse, les interprètes Sonya Stefan et Yves St-Pierre se paient une soirée d'adieux. Délaissant leurs rôles d'éternels pigistes, ils ont engagé onze chorégraphes. La mission: créer chacun une pièce d'un maximum cinq minutes en seulement dix heures de répétition. Le résultat: Sonya et Yves.

C'est donc une soirée patchwork à laquelle Sonya et Yves nous convient. Les règles, d'entrée de jeu, sont claires. La concision est au programme et impose plusieurs transitions et changements de costumes. Cette même concision permet au spectateur de goûter une grande variété de propositions chorégraphiques, toutes portées par l'enthousiasme évident, l'expérience et le talent des deux interprètes.

Ils ont voulu se faire plaisir, Sonya et Yves. Et même en cette soirée de répétition générale, leur plaisir transparait. Ils retournent à leurs premières écoles dans un numéro de ballet jazz de Louise Lapierre, reine du genre. Le tout sur C'est beau la vie, de Jean Ferrat, interprété par rien de moins que René Simard et dansé en jeans. Impossible de rester de marbre. L'humour et la dérision sont omniprésents, tant dans les pièces elles-mêmes que dans les commentaires que les danseurs lâchent sur la précarité de leurs conditions de travail. Dans la piàce d'Harold Rhéaume, aussi, presque fleur bleue de gestuelle romantique, que ces interprètes-rois transforment par la magie du costume en duo la Belle et la Bête quasi dysnéen. À la fois touchant et ironique. Humour aussi dans la proposition vidéo de Sarah Febbraro, où s'enchaînent des extraits tirés de YouTube de chorégraphies que Sonya et Yves suivent dans un drôle de karaoké dansé. Et encore dans les débordements théâtraux de Pierre Lecours. Tout n'est pas que boutade. Mais la rapidité de passage d'un univers à l'autre entraîne la légèreté. C'est vif, bien fait, sans prétention. Danse contemporaine, swing ou tango sexy tout de noir vêtu, tout y passe. Les interprètes se posent en maître de bal et affichent des facettes de leur talent qu'ils ont rarement exposées. Les surprises passent aussi rapidement dans ce rythme imposé. Stefan se risque avec brio à l'improvisation, dans le seul solo, tout en tension, structuré par Andrew Tay. Paul-André Fortier étonne, entrelaçant le couple dans un duo aux lignes pures. Ils en deviennent racés.

Se dégage surtout l'aisance Sonya et Yves à passer d'un style à l'autre, leur grande polyvalence, leur sens de la musique et de la rythmique. Et leur plaisir, d'être là, sur scène, à faire ce qu'ils aiment, comme ils l'aiment, pour une dernière fois.

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Collaboratrice du Devoir

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Sonya & Yves

11 chorégraphies différentes interprétées par Sonya Stephen et Yves St-Pierre. À Tangente, jusqu'au 7 décembre.