Danse - L'illusionniste

C'est dans le studio du danseur et artiste visuel Stéphane Gladyszewski que le public pense pénétrer. Les lumières de salle grandes ouvertes, des croquis scotchés au mur. Il règne une ambiance de répétition, si ce n'est de Gladyszewski qui tourne comme un lion en cage, prêt pour Corps noir.

Il nous accueille en présentant sa caméra, une bête capable de tout, qui coupe l'avant-scène en deux. Et qui lance une vidéo pendant que Gladyszewski glisse dans la représentation. C'est son père qui apparaît à l'écran. Et quel père! Imaginez un Victor-Lévy Beaulieu polonais incapable de se taire quatre secondes. L'artiste parlera de leur étrange relation, de ses traces, de son inconscient.

Pour entrer dans ces zones, Gladyszewski passe d'une performance physique à l'autre. C'est sensoriel plus que dans l'écriture chorégraphique. Avec de l'eau, de la fumée, de l'argile, il malmène son corps. Les transitions sont des décrochages contrôlés où Gladyszewski s'adresse au public, se pose en chorégraphe despote, dirige du plateau éclairages, machine et machiniste. Presque cabotin. Cette distance imposée distrait.

Plus le spectacle avance, plus la technologie est intégrée. Et plus l'impact est saisissant. L'oeil mécanique de Gladyszewski superpose les images sur son corps et les accessoires, les coule les unes aux autres. La force d'évocation de sa lanterne magique est grande: elle n'a besoin d'aucun discours. Gladyszewski construit des scènes visuelles animées à couper le souffle. Il devient lui-même part d'image.

C'est dans ce travail de pointe qu'il brille. Gladyszewski ajuste la technologie au corps avec une rare acuité. La quincaillerie est là, plein centre. Les spectateurs doivent pencher la tête ou bouger d'une fesse lorsque la caméra empiète sur leur champ. Elle fait partie de ce rêve éveillé. On la sent, on la suit, on l'oublie.

À son sommet, l'exploration fait penser à celles de Castellucci et Carbone 14. Ces moments sont si forts que le côté débonnaire du personnage de Gladyszewski jure avec la puissance des effets qu'il crée.

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Corps noir

De Stéphane Gladyszewski, avec Stéphane Gladyszewski et Élizabeth Emberly. Dans le cadre de la série Meta/Physic à

Tangente, du 20 au 23 novembre.

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Le rythme s'accélère: sans laisser souffler le spectateur, les tableaux s'enchaînent et se jouent entre des flashes. L'empreinte reste sur la rétine. Impossible de tout gober, il faut se laisser porter par le bon vouloir de cet hypnotiseur et entrer dans son moulin à icônes. C'est la naissance d'un illusionniste. On souhaite pour la suite que le chorégraphe se perde dans son monde, sans l'expliquer ni le diluer. Car tout est déjà dans ses images.

Collaboratrice du Devoir

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