Danse - Les peaux de lumière

Le théâtre de Tangente est tronqué de plusieurs gradins. À la place trône une étrange caméra, bricolée par le danseur multidisciplinaire Stéphane Gladyszewski. Une caméra qui devient pour lui une exigeante partenaire dans sa nouvelle création, Corps noir.

«J'ai d'abord fantasmé cette machine-là», explique Gladyszewski, à genou devant son bébé. Une vieille caméra récupérée, doublée d'un oeil infrarouge. «L'outil me sert à créer une lumière vivante, qui colle à la peau et aux sensations et qui magnifie ce qui se passe sur scène.»

Prêts pour la répétition, attendent aussi un aquarium, un congélateur, un vaporisateur, de la glace, un narguilé. De l'eau sous toutes ses formes. Du chaud et du froid pour façonner avec la caméra thermique des effets projetés ensuite sur l'interprète et les accessoires.

Les jeux d'images permis par la machine sont nombreux. Mais ne composent pas le coeur de la pièce. «Je voulais apporter quelque chose de vrai, poursuit Gladyszewski, faire un contrepoids à toute cette technologie.» Son corps de danseur est directement pris à parti. Mouillé. Sali. Refroidi.

«La naissance de mon père me trottait en tête. Il est né mort. Les médecins l'ont saucé, un bol d'eau chaude, un bol d'eau froide, pour le sauver.» Le travail a débordé sur la chaleur humaine et sur la lignée familiale des hommes. Le résultat? «C'est comme si j'invitais les gens à entrer dans mon studio, dans un espace intime. Il y a plus de glissements que dans mes pièces précédentes.»

Après avoir surpris la critique et le public avec ses premiers essais In Side et Aura en 2005, où il mixait déjà danse et projections en utilisant le corps de ses danseurs comme écran, Gladyszewski pousse le défi dans cette nouvelle création. Défi technologique et défi de soliste. «Comme interprète, j'ai trouvé hypercomplexe de passer de l'extérieur à l'intérieur du processus. J'ai fait moi-même la caméra. Je la connais pile-poil, j'adore l'ajuster. Quand je suis sur le plateau, quand je danse, je vois tous les détails techniques, je sens la caméra. Je dois évacuer mon côté control freak.»

«J'ai une quête personnelle, émotive et sensorielle que je dois mettre en parallèle», afin d'aller plus loin que l'image. Seulement 50 spectateurs par soir pourront voir les jeux de peaux et lumières de Gladyszewski.

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Collaboratrice du Devoir

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- Dans le cadre de la série Meta/Physic: Corps noir de Stéphane Gladyszewski. À Tangente, du 13 au 16 novembre et du 20 au 23 novembre.

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