Danse - De la difficulté de s'asseoir

Des chaises étranges. Une avec un double dossier très haut. Deux autres sans siège, reliées par les dossiers de manière telle qu'une seule à la fois peut reposer sur ses pattes. Une renversée sur le côté. Une dernière, toute petite, sur laquelle est posé un portrait ancien.

Un récitatif sur bande, en russe. Une femme qui refait sans cesse les mêmes mouvements autour de la chaise par terre, s'y collant comme si elle s'asseyait dessus, mais à l'horizontale. Puis, un homme qui déplace les chaises, lentement, méthodiquement. Et, enfin, deux voix qui se recoupent et se répondent, une féminine, qui parle français, et une masculine qui parle anglais.

D'abord dubitatif, le public se laisse tranquillement captiver par Ossip, cherchant à comprendre ce qui est survenu dans cette cuisine, avec «la bonne odeur du kérosène», un «couteau affûté» et de la ficelle. Parce qu'on a clairement le sentiment qu'on arrive après. Quoi? On ne le sait pas trop, mais on sent un mélange de tension et de sérénité qui s'est installé.

Sachant qu'Ossip Mandelstam, l'auteur du texte qui revient comme un mantra, a été emprisonné pour avoir écrit un poème insultant Staline et a trouvé la mort dans un camp en 1937, on se doute qu'il s'agit d'un événement plutôt tragique. Le parti pris d'Andrew Foster, l'artiste visuel qui a élaboré cette performance, n'est toutefois pas de tout révéler.

À preuve, le duo entre les deux interprètes, qui intervient dans la dernière partie du spectacle, se situe pratiquement hors champ, tout au fond de la scène, presque dans les coulisses. Ce passage, au cours duquel elle s'agrippe aux poignées cousues à la chemise de son partenaire, est néanmoins très intéressant. Ossip s'impose comme un objet fascinant.

On ne peut malheureusement pas en dire autant de Daylight, la création de Dean Makarenko présentée en complément de programme. Très colorée, ne serait-ce que dans les costumes portés par Natalie-Zoey Gauld, Audrée Juteau, Marilyne St-Sauveur et Katie Ward, elle part dans tous les sens. Elle devait illustrer l'inspiration provenant du groupe expérimental new-yorkais Grand Union, actif dans les années 1970, mais elle pèche par manque d'originalité. On aurait souhaité un commentaire clair, une relecture décalée ou l'ajout d'un deuxième degré.

***

Collaboratrice du Devoir

***

Ossip

Chorégraphie: Andrew Foster. Interprétation: Monique Romeiko et Bob Schweitzer. Voix: Mikhail Lossel, Magali Stoll et Andrew Foster. Éclairage: Éric Duval. À Tangente, du 30 octobre au 2 novembre.