Danse - Partition de dégradation

«Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone.» Ressassant ce vers obstinément, descendant de trop nombreux verres, les danseurs de Caterina Sagna ne réussiront pas à trouver qui l'a écrit — Verlaine, et non pas Flaubert —, pas plus qu'ils ne trouveront l'oubli.

D'une élégance tout italienne dans la dégaine, ils finiront par manquer de classe, en dépit de leurs complets parfaitement coupés et de leur chic décor dépouillé. C'est qu'à force de boire et de fumer, ils vont s'engluer dans leurs obsessions de danseurs et répéter les mêmes mots et les mêmes gestes jusqu'à plus soif.

Argument récurrent dans l'oeuvre de la chorégraphe italienne acclamée en France, le dévoilement du côté peu reluisant de la danse s'avère particulièrement corrosif dans Basso Ostinato. À l'idéal classique, au danseur étoile et à l'institution prestigieuse qu'est la Scala, elle oppose les déboires, la calvitie et l'incontinence.

Ça commence autour d'une table où l'on rigole, digestifs à l'appui, tandis que repasse un ballet en noir et blanc — d'ailleurs, il n'y a aucune couleur sur la scène, hormis les alcools. Ça bascule lorsqu'un troisième protagoniste, plus jeune, évacue le téléviseur et amène avec lui la danse. Il les bouscule, les emmerde. Ils l'évitent, le repoussent.

Puis s'amorce une étrange valse, tantôt brutale, tantôt très tendre, qui jamais ne manque de fluidité et toujours épate grâce à la virtuosité des danseurs. Les mouvements et leur enchaînement sont assez forts pour se passer de musique le plus clair du temps.

Le retour incessant des mêmes figures et du même texte, qui se sont toutefois détériorés ou déformés, induit une langueur, que de charmantes trouvailles empêchent d'être monotone. On aime particulièrement le dérivé d'une phrase sur la possibilité de posséder un cyprès: «Il n'y a plus que des merdes et personne ne l'interdit.» Malgré ses passages volontairement disgracieux, il n'est nul besoin de mettre Basso Ostinato à l'index.

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Collaboratrice du Devoir

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Basso Ostinato

Chorégraphie: Caterina Sagna.

Interprétation: Allesandro

Bernardeschi, Antonio Montanile et Mauro Paccagnella.

Dramaturgie: Roberto Fratinin Serafide. Lumière: Philippe Gladieux. Conseiller musical: Luca Berni. À la Cinquième salle de la Place des Arts, jusqu'au 4 octobre.