Danse macabre à la mexicaine

Ganas de vivir, mise en scène d’Élodie Lombardo
Photo: Jacques Grenier Ganas de vivir, mise en scène d’Élodie Lombardo
Fusion d'éléments

En 2006, une semaine après son retour du Mexique, où elle avait présenté Blouskaille olouèze et donné deux semaines d'ateliers, Élodie Lombardo avait l'idée — et le titre — de ce spectacle sur le rapport à la mort, tel qu'il est envisagé par les compatriotes de Frida Kahlo. Une année de montage financier plus tard, elle retournait, en octobre dernier, dans le pays qui l'avait bouleversée. Ses interprètes la rejoignaient en décembre, puis c'était au tour de son compositeur, Guido del Fabbro (également violoniste de Pierre Lapointe) et de sa scénographe Marie-Ève Lemieux.

La création s'est poursuivie à Montréal, malgré les ennuis de visas de l'une des danseuses. Les soeurs Schmutt ont eu la chance de bénéficier de la première résidence de création offerte à une compagnie de danse par Studio Bizz, et la malchance de voir un de ses danseurs se blesser au pied. Cela a forcé la chorégraphe à préciser son rôle, celui de la Caterina, figure symbolisant la mort «toujours en train de se marrer». Car, au Mexique, on rigole avec la mort, a découvert Élodie Lombardo, qui a pu y vivre la fête des morts. Au cours de cet événement rassembleur, qui a lieu au cimetière avec des mariachis, on grignote des crânes en sucre et on écrit des épitaphes pour ses amis. Une façon moins dramatique d'aborder l'inéluctable. «Ça met tout le monde, riche ou pauvre, chanceux ou malchanceux, sur un pied d'égalité», dit-elle.

Cette sérénité a plu à la chorégraphe qui aujourd'hui, à force de parler de la mort, a cessé d'y penser tout le temps. «Sans être une angoissée de première, je crois que cette pensée impulse une vie où rien n'est acquis.» En termes chorégraphiques, cette préoccupation se traduit par un important travail sur le poids. Il s'agit de savoir jusqu'où aller dans l'abandon, tout en restant assez tonique pour rendre possibles les manipulations lors des duos ou des mouvements de groupe.

Parce que le groupe est omniprésent dans l'oeuvre de cette artiste, pour qui la solitude demeure un concept abstrait vu qu'elle est venue au monde à deux. Dans Ganas de vivir, il est synonyme de soutien dans les moments difficiles et d'échange. De fait, les interprètes on pris des cours de langue. «On a fait l'effort, chacun, d'apprendre la culture de l'autre», se félicite Élodie Lombardo, qui admet que le processus de création s'est déroulé en «franiol». Dans le spectacle, le français et l'espagnol s'entremêlent. «C'est bien quand les gens ne comprennent pas tout, parce qu'il y a une perte de sens.» Comme lorsque la faucheuse frappe un proche.

Le langage que développe Élodie Lombardo repose sur la fusion d'éléments de différentes disciplines. Pour la première fois, il s'articule aussi en chanson, tout simplement parce que l'une des interprètes mexicaines est bonne chanteuse. «Je travaille avec les talents de tout le monde», explique la chorégraphe, pour qui la voix est une extension du corps.

De la même manière qu'elle fait confiance à son équipe, elle ne s'inquiète pas trop des aléas de diffusion au Mexique, où le personnel des secrétariats culturels change au gré des humeurs politiques, ce qui risque toujours de chambouler un calendrier de tournée. Cette part d'imprévu réserve parfois de bonnes surprises, comme des dates qui s'ajoutent à la dernière minute. «À la limite, c'est plus facile de tourner au Mexique qu'à 100 km d'ici», dit-elle avec philosophie.

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Collaboratrice du Devoir

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Ganas de vivir

Au Studio Hydro-Québec du Monument National, du 24 septembre au 4 octobre

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