Du trottoir à l'église

Annonciation-zaratiana Randrianantenaina et Céline Galli
Photo: Annonciation-zaratiana Randrianantenaina et Céline Galli

Itinérante et décentralisée, la manifestation qui avait ses pénates dans Hochelaga-Maisonneuve au cours des trois dernières années essaime, en 2008, dans le Quartier latin, sur le Plateau Mont-Royal et dans Rosemont-Petite-Patrie. Quatre fois plus grosse qu'à ses débuts, en 2001, elle ajoute à ses activités un volet cinématographique, comprenant des films de danse récents, de même que des classiques du genre.

«On va vers les gens, plutôt de que tout ramener au centre-ville», explique le directeur général et artistique de Transatlantique, Rafik Sabbagh. Il insiste d'ailleurs pour appeler son événement une manifestation, et non un festival, pour bien marquer sa connotation citoyenne, engagée. Pour lui, il est important que les arts aillent vers les gens, de toutes les classes sociales. C'est ainsi que des danseurs se produiront sur les trottoirs, d'abord, le 23 septembre, face à la maison de la culture Maisonneuve, rue Ontario, puis, du 24 au 27, en face de la Cinérobothèque de l'ONF, rue Saint-Denis.

Nouveaux territoires de diffusion

«L'interprète n'est pas là pour obstruer le chemin ni pour s'imposer dans un lieu», dit la danseuse Milan Gervais, dont le nom revient souvent dans le programme de Transatlantique. «Il s'agit plutôt d'y pratiquer des brèches afin que les gens qui y passent tous les jours puissent le redécouvrir.» L'idée derrière ce projet de Human Playground (un nouveau joueur dans le milieu de la danse, ressemblant à la 2e porte à gauche, mais à vocation entrepreneuriale) est de mettre en valeur la poésie de la rue afin de défricher de nouveaux territoires de diffusion.

D'ailleurs, dans l'optique de développer des publics pour la danse, tous les spectacles (14 différents) sont gratuits ou à bas prix. Ils sont assortis d'une rencontre avec les artistes dans le but de démystifier leur travail. Avant de voir La Femme au bord de la crise de mère, d'Howard Richard, Martirio, d'Edgar Zendejas, Pop! Bang!, d'Alyson Wishnowsky, et Duet for One, d'Andrew Turner, le public aura droit à une présentation des chorégraphes par Fabienne Cabado, journaliste à l'hebdomadaire Voir. Elle animera ensuite une discussion avec eux. Cela se passe à la Maison de la culture Maisonneuve, en formule cabaret.

Bien que certains des artistes sélectionnés par Rafik Sabbagh soient encore peu connus du grand public, ils ont tous la capacité de toucher les néophytes, croit-il. Il doit viser juste, car Transatlantique peut se targuer d'avoir vu son nombre de spectateurs pratiquement doubler d'année en année.

Il faut aussi reconnaître les vertus des partenariats et du décloisonnement. Avec le festival Orgue et couleurs, Transatlantique coproduit un spectacle du Jeune Ballet du Québec à l'église Saint-Nom-de-Jésus, rue Adam. Deux créations sont au programme. La première, du chorégraphe Frédéric Tavernini, est sur du Bach, tandis que la seconde, d'Hélène Blackburn, se situe dans un tout autre registre, avec de la musique de Steve Reich remixée. Sur pointes, Expérience Blackburn (pour Françoise), explore le rapport entre la douleur et le bonheur.

Programme double également au MAI (Montréal, arts interculturels), avec deux chorégraphes singulières: Meena Murugesan et Chanti Wadge. La première arrive avec Aval (qui signifie elle, en tamil), et la deuxième avec One Hundred Returnings, où la danse se fait rituel. Enfin, à la salle Jean-Eudes de la Maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie, le couple formé par la chorégraphe Suzanne Miller et le compositeur Allan Paivio propose Dancing with Skeletons.

Impros et Imprudanse

Nouveauté cette année, Transatlantique prend possession de l'Usine C avec les Imprudanses, qui font un Café in situ. La ligue d'improvisation-mouvement, qui a participé au volet jeunesse du Festival des arts de Saint-Sauveur cet été, tiendra un match au milieu des tables du café. Fortement inspiré de la LNI, le concept comprend un DJ et un juge, et fait appel au public pour l'évaluation des joueurs. «C'est punché, et ça peut s'adresser à des gens qui ne connaissent même pas la danse», estime Milan Gervais, qui fait partie du comité organisateur de cette Imprudanse et de celle qui se tiendra sur la scène extérieure de la TOHU.

Le nouveau volet cinématographique, qui se déroule au cinéma ONF, s'étale sur quatre soirs. S'il ne comprend pas de primeur, il recèle néanmoins des documents que l'on a peu l'occasion de voir sur grand écran, comme les trois films sur Angelin Preljocaj, chorégraphe français, ou Paso Doble, l'enregistrement de la rencontre entre le plasiticien Miquel Barcelo et le chorégraphe Josef Nadj au Festival d'Avignon en 2006. Le directeur général et artistique de Transatlantique a aussi eu la brillante idée de ressortir le fabuleux Pas de deux (1968) de Norman McLaren, avec Vincent Warren. L'ancienne étoile des Grands Ballets canadiens, aujourd'hui historien de la danse à la retraite, participera à une rencontre après la projection.

***

Collaboratrice du Devoir

***

Transatlantique

Dans différents lieux de Montréal, du 20 septembre au 4 octobre

À voir en vidéo