Danse - Ressac

Telles des naïades de la fin des temps, les danseuses de Wave dessinent le dernier volet de la trilogie de Sylvain Émard La Climatologie des corps. Glissant dans un univers évoquant tantôt d'anciens fonds marins, tantôt un abri antinucléaire, elles s'ébattent dans une lumière extraordinaire tandis que gronde une onde sourde.

Cette oeuvre, qui succède à Pluie (2004) et à Temps de chien (2005), est la première de Sylvain Émard conçue exclusivement pour des femmes. Il s'en dégage une force nouvelle, très maîtrisée. Le vocabulaire formel reste essentiellement le même — on constate peu de nouveautés depuis Mensonges variations (1998).

Cependant, le travail du chorégraphe montréalais, coproduit par le Grand Théâtre de Lorient (France) et Station Zuid (Pays-Bas), trouve, avec les projections et les éclairages, son écrin idéal. Le contre-jour découpe avec netteté les lignes précises des corps, alignés selon des diagonales très étudiées. Plus tard, le flou produit par les écrans en plexiglas ajoute une touche impressionniste à

la gestuelle.

Le flot de Wave est ininterrompu, les interprètes entrant et sortant de scène pour former duos, trios, quatuors et quintettes, puis s'éclipsant pour faire place à un nouveau solo. Si le jeu des constellations ne manque pas de fluidité, il a parfois l'inconvénient de perdre le public qui, comme dans un maelström, ne sait plus où il en est.

La trame sonore, toute en distorsions et en vibrations, avec notamment des citations d'Érik Satie et de John Cage, n'est pas là non plus pour l'ancrer dans la réalité. Elle le plonge plutôt dans un état où il ne peut qu'absorber ce qu'on lui propose car, contrairement aux danseuses, il ne peut se jeter en arrière dans un mouvement de recul. Pas qu'il y ait de quoi donner le mal de mer, au contraire.

Wave est traversée de diverses influences (celle de Jean-Pierre Perreault, entre autres), qui se dissolvent aussi vite qu'elles ont affleuré. Les danseuses empruntent au yéyé et au disco, trois grâces font une ronde au fond de l'eau, puis c'est une trompette qui appelle l'ascenseur pour l'échafaud. Un brassage fécond, mais pas radicalement novateur.

On souhaiterait, par ailleurs, revoir les deux premiers volets de La Climatologie des corps. Les spectateurs de Glasgow auront cette chance cet hiver, puisque leur diffuseur a décidé de programmer la trilogie au complet.

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Collaboratrice du Devoir

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Wave

Chorégraphie: Sylvain Émard.

Interprétation: Karissa Barry, Sarah Murphy, Erika Leigh-Stirton, Catherine Viau et Megan Walbaum. Musique: Michel F. Côté. Éclairage: Étienne Boucher.

Vidéo: Effe. À l'Usine C, jusqu'au 20 septembre.

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