Danse - Déferlante toute féminine

Catherine Viau et Megan Walbaum dans une scène de Wave
Photo: Catherine Viau et Megan Walbaum dans une scène de Wave

Pour la première fois de sa carrière, l'auteur de Pluie et de Temps de chien signe une chorégraphie avec une distribution exclusivement féminine. Résultat? «On a réussi à trouver une grande force, particulière à un groupe de femmes. Ça se déploie de façon différente. C'est comme une puissance sourde, latente, mais toujours présente», affirme le chorégraphe montréalais, joint par téléphone aux Pays-Bas, à quelques heures de la première mondiale de son nouveau spectacle.

Après sept représentations en huit jours, dont une en Allemagne, il reviendra à Montréal pour le présenter, avant d'entreprendre une tournée qui le mènera au Royaume-Uni, en France, ainsi qu'un peu partout au Québec et au Canada. «C'est la première fois qu'on a autant de choses sur la table avant que le spectacle sorte», se réjouit Sylvain Émard, qui — est-ce une coïncidence? — prenait la relève de Robert Lepage à la mise en scène de l'opéra 1984, d'après le roman de George Orwell, à la prestigieuse Scala de Milan ce printemps.

Autre première sur la feuille de route de Sylvain Émard: un titre en anglais. Bien que Wave soit une coproduction internationale, il ne s'agit pas d'un choix visant à faciliter l'exportation. Il a plutôt à voir avec la double signification du mot dans la langue de Shakespeare, qui se réfère autant à la vague, au mouvement infini, qu'aux ondes. Parce que si Wave apparaît comme une déferlante de mouvement, qui se passe d'une danseuse à l'autre, c'est aussi une métaphore des changements environnementaux qui ont lieu à la grandeur de la planète.

Pour exprimer ce qui nous traverse et nous transforme à notre insu, Sylvain Émard fait appel à la vidéo, qui vient jouer un rôle particulier, grâce à un support de projection tout en transparence. «La lumière de la vidéo m'intéresse parce qu'elle est en mouvement.» Le chorégraphe a eu le loisir d'expérimenter des effets visuels, grâce à des périodes de résidences à l'Usine C, à Montréal, à Station Zuid, aux Pays-Bas et au Grand Théâtre de Lorient, en France. «Je ne me lancerais pas dans une aventure avec la vidéo si je n'avais pas accès à au moins deux périodes de résidence, parce que c'est énormément de travail et, si tu veux faire quelque chose d'original, qui va dans le sens de la pièce que tu es en train de créer, ça prend du temps. Toute chose technique prend du temps. C'est comme le cinéma, c'est long à s'installer, c'est long à modifier.»

Sylvain Émard accorde cette fois-ci une plus grande place aux images, pas nécessairement figuratives, qu'a concoctées le vidéaste Francis Leclerc (pas celui d'Un été sans point ni coup sûr, mais celui qui a travaillé à Champ libre et agi comme directeur technique pour La La La Human Steps). Avec la lumière d'Étienne Boucher sur les projections, ces images deviennent parfois presque «subliminales».

Tout cela se superpose à un mouvement plus libre, sorti de son carcan, mais pas moins chorégraphié. «Ça respire un peu plus», pense l'auteur du très formel Mensonges variations. Et ce n'est pas étranger aux interprètes, «aguerries, malgré leur jeune âge». «Ce que j'admire beaucoup chez les femmes, c'est leur résilience. J'observe ça davantage que chez les hommes», dit Sylvain Émard, qui a monté, juste avant, aux Pays-Bas, une chorégraphie pour une distribution exclusivement masculine, 7 X 2.

Les deux premiers volets de La Climatologie des corps , Pluie (2004) et Temps de chien (2005), comptaient un nombre égal d'hommes et de femmes. Les spectateurs de Glasgow auront la chance de voir la trilogie au complet cet hiver. «C'est rare que ça arrive», note Sylvain Émard, qui trouve trop triste que de très bonnes pièces de répertoire ne soient pas revues plus souvent, comme celles de Jean-Pierre Perreault, pour qui il a dansé avant de passer à la chorégraphie.

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Collaboratrice du Devoir

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Wave

Chorégraphie de Sylvain Émard, avec Karissa Barry, Sarah Murphy, Erika Leigh-Stirton, Catherine Viau et Megan Walbaum, à l'Usine C du 9 au 20 septembre.

À voir en vidéo