Danse - Ingéniosités et maladresses

Malgré ses ratés, AV Input/Output défriche des zones artistiques de grand potentiel. On compte sur le talent des deux principaux protagonistes du Rubberbandance Group, Victor Quijada et Anne Plamondon, pour resserrer le tout... Photo: PdA
Photo: Malgré ses ratés, AV Input/Output défriche des zones artistiques de grand potentiel. On compte sur le talent des deux principaux protagonistes du Rubberbandance Group, Victor Quijada et Anne Plamondon, pour resserrer le tout... Photo: PdA

L'ingéniosité gestuelle du chorégraphe Victor Quijada ne se dément pas dans AV Input/Output. Elle prend même du galon. Mais le duo qu'il interprète avec Anne Plamondon est aussi jalonné de longueurs et de maladresses (de première?) qui alourdissent la prestation.

Cette nouvelle pièce a des visées d'expérimentation très claires, tout à fait bienvenues de la part d'artistes d'avant-garde actuellement en résidence à la Cinquième Salle de la Place des Arts, après des années de tournées artistiquement épuisantes.

Le duo sur le thème de l'intimité et de l'échange (tant humain qu'artistique) explore notamment la vidéo de manière assez inusitée. Piste de travail fort intéressante pour ses clins d'oeil parfois ironiques à la télé-réalité, aux stars instantanées promptes aux confidences, mais rarement aboutie et qui part un peu dans tous les sens.

La vidéo prend entre autres la forme d'un talk-show télévisé en direct qui interrompt (abruptement) la danse. La familiarité d'abord étalée avec futilité prend graduellement un tour plus troublant de sincérité. Les images en direct passent au différé, laissant l'interviewée marcher vers le public, qui a alors l'impression d'effleurer sa conscience. Belle astuce, qui reste toutefois mal exploitée: pourquoi ne pas reprendre la danse à ce moment au lieu d'attendre la fin de la projection?

Si l'alternance des captations en direct, en différé, et des adresses au public ouvre des perspectives intéressantes sur la redéfinition du rapport scène-salle (un solo de Quijada sera carrément rythmé par les bruits venus spontanément du public!), les capsules vidéo s'avèrent souvent longues et mal arrimées aux tableaux de danse. Et Victor Quijada n'a pas toujours l'aplomb de l'animateur-vedette qu'il tente d'incarner.

La recherche atteint surtout des sommets dans l'architecture chorégraphique du duo. Ni tout à fait breakdance, ni danse contemporaine, prenant parfois des airs de capoeira nouveau genre, la danse de Quijada est plus que jamais inclassable.

D'abord lente et saccadée, elle va en se complexifiant et en s'assouplissant, rythmée par les claquements de mains que s'échangent les deux danseurs. Enracinée dans la dynamique d'échange ou de confrontation du hip-hop, la chorégraphie s'amuse aussi à défier celle-ci en faisant place à des pas de deux presque classiques. La trame sonore du DJ Lil Jaz remixe d'ailleurs des classiques dont on capte ici et là des rudiments.

Malgré ses ratés, AV Input/Output défriche des zones artistiques de grand potentiel. On compte sur le talent des deux principaux protagonistes du Rubberbandance Group pour resserrer le tout... Et on attend tout de même avec curiosité la création de groupe prévue pour 2009 chez Danse Danse.

***

AV Input/Output

Chorégraphie de Victor Quijada, du Rubberbandance Group. Interprétation: Anne Plamondon et Victor Quijada. Musique: DJ Lil Jaz. À la Cinquième Salle de la Place des Arts jusqu'à demain.