Danse - Poésie et maladresses

Pour son retour à la scène, Pierre-Paul Savoie signe une oeuvre touchante et personnelle. La poésie de Confidences d'un corps ne parvient toutefois pas à gommer certaines maladresses chorégraphiques, même si celles-ci forment en partie le propos de la pièce portée par le danseur cinquantenaire.

Le solo met en scène un homme qui se cherche, en quête de son identité physique et mentale. On assiste à son glissement troublant vers l'étrangeté, l'étrangeté d'un squelette qui sonne creux comme le bois et la douce folie d'une âme en perte de repères.

Seul au milieu d'une scène dépouillée, Pierre-Paul Savoie porte avec lui une petite maison de bois qui lui renverra l'écho de sa voix frêle quand il se plonge la tête dedans, pour appeler des noms familiers ou siffler un air connu. Le talent de l'artiste se trouve peut-être davantage dans le jeu et la mise en scène de cette dérive, car sa danse désarticulée (brillamment accentuée par les airs de piano déconstruits d'Alexander MacSween), claudicante, parfois simpliste à outrance, devient douloureusement prophétique, révélant un corps qui n'a plus toujours les moyens de ses ambitions.

Confidences d'un corps démarre un cycle intitulé Diasporama, pour lequel Pierre-Paul Savoie a commandé des pièces à quatre chorégraphes québécois exilés à l'étranger. En seconde partie de soirée, c'est André Gingras, établi en Allemagne depuis 1996, qui signe ... Et comme si l'air allait s'embraser, librement inspiré de l'oeuvre de l'artiste multidisciplinaire américain David Wojnarowicz.

Deux interprètes (dont Savoie) s'élancent dans un corps à corps brutal et humoristique, qui s'avère être une littérale démonstration de rage, aussi essentielle pour l'être humain que le sommeil et le rêve, soulignent les protagonistes en préambule.

Théâtre physique plus que danse, l'oeuvre rappelle l'esthétique trash et naïve d'anciennes émissions jeunesse. Est-ce la facture déjantée un peu vieillotte de la pièce? Ou l'énergie adolescente qui s'en dégage et cadre bien mal avec celle de Pierre-Paul Savoie, même s'il tire bien son épingle de ce jeu plus théâtral que chorégraphique? Quoi qu'il en soit, et malgré l'intensité des deux joyeux hallucinés, on n'en ressort pas tout à fait convaincu.

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Diasporama

Confidences d'un corps de Pierre-Paul Savoie et ... Et comme si l'air allait s'embraser d'André Gingras. À l'Agora de la danse jusqu'au 22 mars.

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