Retour à soi

S'exiler de soi-même pour mieux se retrouver. Ces dernières années, le chorégraphe québécois Pierre-Paul Savoie a beaucoup pensé au public en créant ses pièces et oeuvré pour son milieu, mais il s'est un peu oublié en chemin.

À 53 ans, le créateur sent le besoin de refaire une place à l'interprète en lui, trouvant là son essence, bien plus que dans son rôle de chorégraphe mis à distance du geste. «Mon corps m'attendait, dit-il avec un petit sourire dans la voix. Bien que j'aie chorégraphié, j'ai été absent de la scène et j'ai réalisé que mon moteur, c'était vraiment l'interprète en moi, quand je créais mon matériel et que je l'interprétais. Je suis la personne qui porte le mieux ma matière. Sur d'autres, elle devient plus formelle.»

Cette réflexion, menée après avoir quitté la présidence du Regroupement québécois de la danse en 2004, l'a d'abord conduit à Confidences d'un corps, solo autobiographique présenté à l'Agora de la danse cette semaine. Une occasion de s'«actualiser», de se «mettre à jour» en tant que chorégraphe-interprète. «Passé 50 ans, il y a une conscience du temps beaucoup plus concrète. On se dit: voilà le parcours, voilà le temps qui reste, qu'est-ce qui est essentiel et que je veux vraiment faire?»

Sa matière demeure plus que jamais tissée de danse et de jeu. Il a toujours privilégié le mariage des disciplines, flirtant avec le théâtre (Débranché, 2004), le cirque (Danses circassiennes, 2005), les nouvelles technologies (Strata, 2004 et Pôles, 1996). Mais cette fois, il rentre aussi en lui. «Mon corps remonte dans son passé, jusqu'à ses origines» gaspésiennes, confie-t-il. Coup du sort, sa mère décédait deux mois après le début de ce processus de création.

Immigrants chez soi

Plutôt qu'un aboutissement, ce cheminement est un point de départ, le premier volet d'un cycle de création sur la diaspora chorégraphique québécoise. Toujours à l'affût d'échanges artistiques, Pierre-Paul Savoie a commandé des pièces à quatre chorégraphes nés ici et vivant à l'étranger — André Gingras (Amsterdam), Luc Dunberry (Berlin), Linda Mancini (New York), Mireille Leblanc (Göteborg). «Je voulais sortir du cercle montréalais, explique-t-il. Ils ont tous un point en commun: ils connaissent notre environnement, mais en connaissent un autre, et chacun est intéressé par l'interdisciplinarité.»

Le cycle intitulé Diasporama débute par le récit de son propre exil, de la Gaspésie à Montréal, de l'interprète au chorégraphe, rapporté dans Confidences d'un corps. «Je suis moi-même immigré à Montréal», lance-t-il. Il poursuit, en seconde partie de spectacle, avec l'oeuvre d'André Gingras, installé à Amsterdam depuis 1996, qui avait déjà présenté CYP 17 à Montréal en 2005.

Duo interprété par Pierre-Paul Savoie et Vincent Morelle, Un jour / David W... et comme si l'air allait s'embraser s'inspire de l'artiste en art visuel et écrivain David Wojnarowicz. Le compositeur Alexandre McSween signe la musique du double programme. «Il porte un regard sur la rage, la colère qu'on porte et comment elle se transmet», résume le chorégraphe québécois à propos de son collaborateur. Son langage très physique et théâtral est souvent traversé par l'humour.

Suivra en juin, dans le cadre du Festival Danse Canada, le duo de Luc Dunberry, Mi-un ni d'eux. Chaque fois, une nouvelle identité se dessine, mi-québécoise, mi-étrangère.

«Diasporama, pour moi, c'est comme une photo de chacune des villes, de chaque artiste dans son environnement, d'où il vient et où il est maintenant. Il y a quatre pôles et je suis comme le foyer émetteur.»

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Diasporama: Confidences d'un corps

Pierre-Paul Savoie

Un jour / David W... et comme si l'air allait s'embraser

André Gingras, du 18 au 22 mars à l'Agora de la danse

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