Danse - Plaisir et déplaisir

Les danseurs Suzan Paulson et Pierre Lecours dans Suites cruelles, le diable est dans les détails, de la chorégraphe Hélène Blackburn. Photo: Leda & St-Jacques
Photo: Les danseurs Suzan Paulson et Pierre Lecours dans Suites cruelles, le diable est dans les détails, de la chorégraphe Hélène Blackburn. Photo: Leda & St-Jacques

Après une incursion saluée du côté de la danse jeunes publics, la chorégraphe Hélène Blackburn revient en force à la scène adulte avec Suites cruelles, le diable est dans les détails. Renversé par son superbe Journal intime, destiné à un public adolescent l'an dernier, Danse Danse a donné carte blanche à la chorégraphe de la compagnie Cas public.

Le retour devant un public adulte suscite-t-il des angoisses? «Énormément!», répond-elle, même si le processus de création chez Cas public est souvent une affaire de clan: tous les membres de la compagnie alimentent la machine créatrice, les 11 danseurs comme le personnel de bureau!

«Je suis retournée à mes obsessions: le dépassement physique et le prix à payer pour ça, confie-t-elle. C'est un questionnement permanent en danse.» L'ouvrage de Chantal Thomas, Souffrir, faisait déjà partie de ses écrits de référence. Pour ses Suites cruelles, une phrase de Nietzsche tirée du Gai Savoir lui a servi de motif de départ: «Et si plaisir et déplaisir étaient soudés par un lien tel que celui qui veut avoir le plus possible de l'un doive aussi avoir le plus possible de l'autre?».

En d'autres mots, une chose ne va pas sans son contraire, moteur de vie. Le résultat promet un nouveau mélange de danse à l'élégance fougueuse, souvent sur pointes, de jeu théâtral (basé sur des textes inspirés des écrits du philosophe), de quelques tours de chant et de projections vidéo de Martin Lemieux.

«On utilise la projection pour dévoiler les choses qu'on ne peut pas voir quand on est spectateur, pour augmenter les niveaux de perception», explique la chorégraphe.

La musique d'Ana Sokolovic, qui avait signé la partition de Courage, mon amour, occupera littéralement la scène avec deux interprètes au piano, sous la direction de l'Ensemble contemporain de Montréal, en plus des neuf danseurs.

Ceux qui ont suivi le détour de la troupe par la création jeunes publics savent tout le chemin qu'elle a parcouru: l'intégration de plus en plus réussie de textes et l'approche plus éclatée enrichissent l'oeuvre.

«Mon passage par le jeune public m'a forcée à penser qui j'avais devant moi. On a un autre niveau de langage avec les enfants et les ados.»

D'abord perplexe d'avoir à s'adresser à un public enfant et adolescent, elle a vite saisi le défi et les enjeux de cette tranche de spectateurs. Résultat: les producteurs et diffuseurs en redemandent. La troupe de danseurs a ainsi livré plus de 450 représentations en cinq ans. Il y a eu Nous n'irons plus au bois, Barbe Bleue puis Journal intime.

Suites cruelles s'inscrira quelque part entre cette dernière et Courage, mon amour, indique la chorégraphe. La préoccupation lancinante de l'amour dans Journal intime, public adolescent oblige, cède ici la place à des questionnements sur l'érotisme. Changement de public, glissement de sens...

Le titre du nouvel opus semble indiquer une parenté avec Suites furieuses, pièce de 1995. «C'est moi qui m'adresse à moi, dit-elle, parce que si j'avais eu plus d'argent, j'aurais remonté Suites furieuses», chorégraphie charnière dans son parcours parce que la control freak en elle a appris à lâcher prise.

«Pour la première fois, j'ai réussi à partir de très peu d'a priori, une ligne d'énergie, par exemple, et de regarder ce qui advient. La danse donne la réponse.» Une délivrance qu'elle doit entre autres à ses maîtres de l'époque, Paul-André Fortier et Michèle Febvre.

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Suites cruelles, le diable est dans les détails

À la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, du 24 au 26 janvier. Au Grand Théâtre de Québec, le 18 février