Tango - La danse au corps et l'âme vagabonde

Ils sont nés un 11 décembre, à quelques années d'écart mais sous la même bonne étoile, celle du tango. Le chanteur Carlos Gardel (1890-1924) et le violoniste et compositeur Julio De Caro (1899-1980) ont contribué à faire de cette « pensée triste qui se danse » un « art tentaculaire » où se mélangent musique, mouvements et poésie.

Pour souligner leur contribution et ce trait culturel indissociable du pays et de ses habitants, le gouvernement argentin a décrété en 1996 que le 11 décembre serait la Journée nationale du tango, point culminant d'une semaine d'activités.

À cette occasion, partout dans le monde, dont à Montréal, peu importe que vous soyez tangueros (amateurs de tango, mais davantage de musique que de danse), milongueros (danseurs fréquentant assidûment les bals) ou simple néophyte, le tango vous tend les bras. Depuis sa naissance dans les bordels de Buenos Aires à la fin du XIXe, il n'a cessé de mélanger les styles, les rythmes, les cultures... et bien des chagrins.

Des rives du Rio de la Plata à celles du Saint-Laurent, de ses racines populaires et immigrantes à son vernis de respectabilité acquis en Europe, le tango multiplie les figures et les étreintes. Consacrée capitale nord-américaine du tango argentin, Montréal peut revendiquer ce titre grâce à de nombreux passionnés offrant cours, bals et spectacles tous les soirs de la semaine, un phénomène rare, même aux États-Unis.

Ainsi, les amateurs ayant la danse au corps et l'âme vagabonde peuvent passer d'une milonga à l'autre, à la recherche d'une perfection de mouvements, parfois avec des inconnus, le temps d'une valse croisée. À ceux qui n'y voient qu'une « copulation rythmée » ou « des figures qui s'ennuient et des derrières qui s'amusent » (un jugement lapidaire du politique français Georges Clemenceau), les passionnés répondent par un érotisme subtil, une démarche fluide mais complexe. Même les Argentins vous diront que « la vie est un tango » et qu'« on dit avec les pieds ce que le coeur entend ».

L'année durant, entre autres au parc Saint-Viateur dans l'arrondissement Outremont, le coeur de bien des Montréalais ne cesse de vibrer aux sonorités de bandonéon et n'a pas attendu l'État argentin pour décréter que c'est tous les jours tango... ou presque. Bien sûr, le 11 décembre, entre deux figures et quelques chansons mélancoliques, on aura une pensée pour Gardel, monstre sacré du tango, « l'Elvis Presley de l'Amérique latine », raconte à la blague Gerardo Sanchez, directeur artistique de Tango Libre : « Beaucoup refusaient de croire à sa mort tragique dans un accident d'avion en Colombie, le 25 juin 1935. Pendant longtemps, on a inventé toutes sortes d'histoires à son sujet : on l'aurait vu vivant, on l'aurait entendu chanter quelque part, etc. » Et l'on n'oubliera pas non plus les innovations musicales de Julio De Caro, considéré comme l'architecte du tango instrumental moderne, voulant, selon ses propres termes, « l'ennoblir, en respectant son originalité ».

Pourtant, dès le soir venu, les fantômes du tango laissent toute la place à ceux qui répondent à cette séduisante invitation au voyage dans le temps. Et une journée est loin de suffire pour percer tous ses mystères.

Découvrir ou partager la passion du tango...

- À Tango Libre, 1650, rue Marie-Anne Est, soirée pour la Journée du tango le 11 décembre à 21 h 30. Spectacle des étudiants, 13 et 14 décembre à 21 h 30. Danse les vendredis et samedis à 21 h 30. % (514) 527-5197.

- À l'Académie de tango argentin, 4445, boulevard Saint-Laurent, soirée spéciale le 7 décembre à 20 h 30. % (514) 840-9246.

- L'Ensemble Tango Vivo vous invite à danser tous les vendredis soirs de décembre à La Tangueria, 5390, boulevard Saint-Laurent, à 23 h. % (514) 495-8645.

- Soirée de danse tous les mercredis à 20 h 30 au Studio Tango, 1447, rue de Bleury. % (514) 844-2786.

- L'Ensemble Romulo Larrea poursuit sa tournée avec le spectacle Tangos... pour la Milonga au Théâtre de la Ville à Longueuil, le 11 décembre à 20 h. % (450) 670-1616.