Exercice de style

Une pirouette immortalisée sur écrin numérique vaut-elle mieux que celle exécutée dans les limites du temps et de l'espace réels? C'est l'interrogation que semble lancer sur un mode ludique Timecode Break de la compagnie Toronto Dance Theatre. Malheureusement, l'oeuvre de Christopher House laisse plutôt tiède avec ses airs rigides d'exercice de style.

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Timecode Break du Toronto Dance Theatre
Jusqu'au 14 avril à la salle Pierre-Mercure
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Les 12 danseurs (Johanna Bergfelt, Valerie Calam, Alana Elmer, Luke Garwood, Yuichiro Inoue, Brendan Jensen, Kristy Kennedy, Louis Laberge-Côté, Sean Ling, Kaitlin Standeven, Matthew Waldie, Linnea Won) se retrouvent en face à face avec leur double virtuel projeté sur écran géant. Le plus souvent en groupe, ils exécutent une danse à l'unisson, calquée sur l'image, et qui manque un peu de personnalité. Bien qu'elle aille en se complexifiant graduellement, dans le jeu constant de sa décomposition et de sa recomposition décuplée par la vidéo, la chorégraphie ne parvient jamais à trouver son souffle sur la création musicale de Phil Strong.

Les quelques scènes où les danseurs se retrouvent seuls avec leur vis-à-vis se révèlent les plus réussies, parce qu'on sent alors l'émotion dépasser la technique. La plate juxtaposition des mondes réel et virtuel se mue en touchant dialogue. La danse qui se déploie au ralenti, impeccablement, sur l'écran, pâlit devant l'humanité belle et fragile du geste en chair et en os. Si c'était là l'intention de la pièce, le pari s'avère à moitié relevé.

L'influence de la vidéo donne lieu à des structures chorégraphiques intrigantes, comme ces quelques scènes où le groupe d'interprètes semble reproduire le mouvement découpé en séquences d'un seul danseur. Mais n'abuse-t-on pas un peu du geste rembobiné et de l'arrêt sur image?

La vidéo, ici réalisée par Nico Stagias, prend de plus en plus de place dans le travail de Christopher House. Celui-ci nous avait toutefois habitués, lors des précédentes visites de Danse Danse (Nest en 2001 et Persephone's Lunch en 2002), à une poésie du geste et une petite touche de théâtralité qui font ici cruellement défaut.

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