Danse - Intégrer les différences

La danse contemporaine s'est largement définie en marquant ses distances avec la musique dont le ballet avait été si dépendant. Un spectacle comme Men-Jaro de la Compagnie Vincent Mantsoe, fait de cette mise à distance une absolue aberration.

Musique et danse dialoguent, s'épousent l'une l'autre dans cette pièce pour cinq danseurs et autant de musiciens. La performance puissante et multiforme du African Music Workshop Ensemble nourrit constamment l'énergie de la danse qui à son tour boucle la boucle de la musique. Cris ou gémissements des danseurs en témoignent. Une superbe symbiose surgit quand les corps se démènent au rythme des sons d'une flûte et d'une voix en contretemps.

Il faut dire que dans la tradition sud-africaine dont est issu le chorégraphe et danseur Vincent Mantsoe, qui vit maintenant en France, la danse n'a jamais été soumise à la musique et désiré s'en émanciper. Elle a laissé ces luttes aux hommes...

Men-Jaro, qui signifie «amis humains» en slang de Soweto, dépasse toutes ces questions de discrimination et intègre plutôt les différences. Son langage chorégraphique qui amalgame le côté plus stylisé de la danse occidentale, la concentration tout orientale et l'ancrage au sol des traditions africaines — le chorégraphe a nommé ce style Afro-Fusion —, cherche un terrain de rencontre entre ces cultures. Une quête d'ailleurs incarnée par les origines françaises, nippones et sud-africaines des danseurs.

Ce mélange a l'avantage de faire jaillir des qualités très différentes dans l'exécution de mêmes mouvements. Par moments, cette hétérogénéité dérange, puis on la savoure: la maîtrise plus calculée des deux danseuses françaises tranche avec l'abandon au rythme des deux Africains, qui se distingue de l'énergie absorbée de la Japonaise.

Reste que la performance explosive de Vincent Mantsoe irradie et vole la vedette. On avait découvert l'artiste comme soliste lors du Festival international de nouvelle danse en 1999. Soliste il demeure, dans nos coeurs.

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Men-Jaro

Chorégraphie: Vincent Mantsoe. Interprétation: Vincent Mantsoe, Aude Arago, Lesole Z. Maine, Cécile Maubert Mantsoe, Meri Otoshi. Musique: African Music Workshop Ensemble. Les 27 et 28 février au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts

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