Danse - Énergie brute

Le public est tombé sous le charme du nouveau spectacle de BJM Danse (Les Ballets jazz de Montréal) qui ouvrait le Festival Montréal en lumière jeudi dernier. Et pour cause. Mis à part un peu de raideur et de nervosité en début de programme, la compagnie a cassé la baraque avec ses deux créations aux esthétiques opposées, récoltant en fin de compte une ovation méritée. Belle reconquête de la Place des Arts dont elle n'avait pas foulé les planches depuis longtemps.

Comment ne pas être subjugué par MAPA du chorégraphe brésilien Rodrigo Pederneiras, directeur artistique de la troupe Grupo Corpo? Lui seul a le secret de cette danse colorée, qui rend visible et palpable la complexité rythmique des compositeurs brésiliens, en l'occurrence Marco Antonio Pena Araujo à qui il rend ici hommage — d'où le titre formé de l'acronyme de son nom. Lui seul sait jouer des contrastes entre cadences africaines, motifs populaires et les formes modernes de la danse brésilienne. Lui seul ose marier avec panache le rouge au violet, l'orange au fuchsia des costumes sans que l'on crie au kitsch.

C'est la quintessence de la vie — pas simplement humaine, mais celle qui dicte la nature entière — qui déferle sur scène dans cette chorégraphie envoûtante, jubilatoire, vitaminée et délicieusement ludique.

Les danseurs se détachent graduellement d'une toile de fond au patchwork psychédélique qui hypnotise, comme le fait d'ailleurs la danse aux ramifications tribales trempées dans l'élégance des lignes classiques.

Même s'ils peinent par moments à suivre le rythme et le dédale affolants de la chorégraphie, les danseurs ondulent, frétillent, tourbillonnent sur les lignes mélodiques de marimba, de flûtes et de percussions, comme si un seul flot d'énergie, de joie profonde inondait la scène. De quoi convertir n'importe quel adepte de la danse conceptuelle!

Très différente de nature, mais aussi traversée d'une énergie contagieuse, Les Chambres des Jacques révèle le talent d'une jeune chorégraphe d'origine albertaine, Aszure Barton, qui vit et travaille à New York depuis huit ans, notamment avec l'ex-danseur de réputation internationale Mikhail Baryshnikov.

Les danseurs de BJM Danse incarnent ici des personnages étrangement baroques, risiblement entortillés dans leurs désirs. Contorsions, grimaces, cris s'articulent autour d'une danse tantôt lascive, tantôt dégingandée — mais toujours enlevée —, qui fait craquer le vernis de la civilité et des bonnes moeurs. L'animalité, la sexualité guettent, jamais très loin.

Enchaîner un rigodon de Gilles Vigneault à Vivaldi en passant par des musiques tziganes et klezmer conduirait quiconque à la catastrophe. Mme Barton et les danseurs de BJM Danse en font un exploit.

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MAPA - Les chambres des Jacques

Chorégraphies de Rodrigo Pederneiras et Aszure Barton, BJM Danse - Les Ballets Jazz de Montréal, Jusqu'au 24 février au Théâtre Maisonneuve

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