Du hip-hop hybride

À la barre de la compagnie, le danseur et chorégraphe Victor Quijada s’est associé à l’interprète Anne Plamondon (notre photo).
Photo: À la barre de la compagnie, le danseur et chorégraphe Victor Quijada s’est associé à l’interprète Anne Plamondon (notre photo).

Du charisme à revendre et un sens aiguisé de la scène alliés à un art qui n'y accède jamais avec autant de grâce: le breakdance. Ainsi se définit le Groupe Rubberbandance, qui emprunte le circuit des maisons de la culture dès demain et jusqu'à la mi-mars avec son spectacle Perspective élastique. À voir absolument. Les adeptes de hip-hop comme les non-initiés seront séduits.

Croisement entre danse contemporaine, lignes plus classiques et hip-hop, chaque production de la compagnie plonge dans l'inconscient du breakdance. Les mouvements souples et acrobatiques s'y déploient tantôt à un rythme légèrement ralenti qui semble capter leur essence, tantôt avec la fougue habituelle du genre. Mais un petit détail d'une élégance unique les enveloppe toujours. Le peu qui est perdu en spontanéité est mille fois gagné en intelligence.

À la barre de la compagnie, le danseur et chorégraphe Victor Quijada, passionné de breakdance, transfiguré par la danse contemporaine et rompu au ballet néoclassique, s'est associé à l'interprète lumineuse Anne Plamondon. Le tandem s'adjoint des collaborateurs au fil de ses créations.

Le parcours de Victor Quijada fascine. Né à Los Angeles de parents mexicains, il fréquente les bars dès son plus jeune âge en quête de combats chorégraphiques, jusqu'à ce qu'une école d'art, au niveau secondaire, transforme sa vision et sa passion. «J'ai voulu combiner le hip-hop à ces idées postmodernes radicales sur les possibilités infinies de l'art, racontait-il au Devoir en 2002 à propos de cette période. On était comme les beatniks du hip-hop, on essayait d'amener le hip-hop ailleurs.»

Chose promise, chose faite. Après avoir expérimenté une forme hybride du hip-hop à New York, il entre à la Twyla Tharp Company, une troupe de ballet moderne, qui le mènera à intégrer les Grands Ballets. «Dans l'entraînement classique, tu imprimes une forme à ton corps, alors que dans le hip-hop, tu donnes vie à cette forme», nuançait-il en 2002, tout juste sorti des rangs des Grands Ballets canadiens et rattrapé par sa passion dévorante de donner ses lettres de noblesse au hip-hop.

Remarqué comme chorégraphe indépendant en 2002, il est consacré deux ans plus tard par un splendide spectacle à l'Usine C, Slicing Static. Le public et surtout la critique jubilaient, stupéfaits par la totale maîtrise du grand espace scénique, par l'étrange beauté de cette danse qui avait l'impulsion du hip-hop et l'esthétique du langage contemporain.

Ce succès lui a valu de nombreuses commandes, dont une du Jeune Ballet du Québec, et des invitations prestigieuses comme celle du prestigieux festival Jacob's Pillow.

Nous l'avons retrouvé avec bonheur au Festival Danse Canada à Ottawa, au printemps dernier, avec un bouquet de pièces dont certaines figurent au programme de Perspective élastique. La première partie réunit une suite de duos et de quatuors de la première heure du Groupe Rubberbandance, qui oscillent entre combat et dialogue, rencontre et confrontation, mode propre au hip-hop, mais toujours avec beaucoup de plaisir et d'humour.

La seconde partie remet au programme la pièce-baptême de la compagnie, Hasta la proxima, dans laquelle le chorégraphe affiche ses couleurs hip-hop tout en expliquant sa démarche, fidèle à l'énergie et au caractère de cette danse de rue et pourtant traversée par une intention, un sens, une vision qui la dépassent.

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Perspective élastique

Le 3 février à la Maison de la culture Rosemont-Petite-Patrie.

Le 9 février au théâtre Mirella et Lino Saputo de Saint-Léonard.

Le 10 février à la Maison de la culture Mercier.