Danse - Corps accords

Il y a de ces moments de bonheur tout ronds tout pleins. Comme hier soir, alors qu'une marée humaine a déferlé sur la petite scène du Monument-National, comme attirée par la lune...par Treize lunes. Organisée pour souligner les 25 ans de la compagnie Danse-Cité, la soirée ralliait 20 interprètes — 10 danseurs, 10 musiciens — autour d'une dizaine de jeux improvisés. Du bonbon.

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Treize lunes

Improvisations musicales et chorégraphiques

Danse: Louise Bédard, Marc Boivin, Nicolas Filion, Maya Ostrofsky, Andrew Harwood, Emmanuel Jouthe, Geneviève La, Daniel Soulières, Jonathan Turcotte, Catherine Viau; Musique: Mélanie Auclair (violoncelle), Antoine Berthiaume (guitare électrique), Michel F. Côté (percussions, console), Jean Derome (flûte, saxophones, appeaux), Philippe Lauzier (saxophone, clarinette), Joane Hétu (saxophone alto, voix), Pierre-Yves Martel (contrebasse), Jean René (alto), Danielle P. Roger (percussions), Némo Venba (trompette);

Jusqu'au 3 février au Monument-National. Les 21, 22, 23 février respectivement aux Maisons de la Culture Maisonneuve, Frontenac et Villeray, dans une version réduite.

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Bien sûr, il s'agit d'improvisation, avec tout ce que cela annonce de dérives et de dispersions. Mais les rencontres, les moments de symbiose n'en ressortent que plus extraordinaires. L'écoute, l'attention est à son comble. L'harmonie des corps naît soudain d'un chaos sonore, tandis que le minimalisme musical provoque un tohu-bohu gestuel délicieux. Corps, accords, désaccords...

Les tableaux sont rigoureusement structurés autour de 10 thèmes ou de consignes, décrits dans un programme qui est remis à l'entrée. Certains ratent leur cible, d'autres font jaillir des dialogues imprévus. Demain sera bien sûr différent d'hier.

Lors de la première, le «cadavre exquis» d'ouverture fut particulièrement saisissant. Le groupe était réparti dans toute la salle, comme sur un damier imaginaire. Un nouveau duo musicien-danseur s'ébranlait à chaque fois qu'un carré de lumière s'allumait et les désignait. Le «jeu de dés», qui dictait le nombre d'improvisateurs impliqués, a aussi suscité de savoureux instants. Plus mystérieuse, la troisième impro a donné lieu à des échanges étonnamment chorégraphiés et la quatrième, un duo de jeunes danseurs, rigolos et complices a fait comprendre qu'au-delà de la chimie des corps, c'est quand l'alchimie entre danse et musique s'opère que ce grand jeu prend tout son sens.

C'est là le but du stimulant exercice. Treize lunes renvoie aux Événements de la pleine lune qui ont ponctué l'histoire de Danse-Cité (1986, 1993, 2003), compagnie de création qui a toujours célébré l'interprète. Son directeur artistique, Daniel Soulières avait formé en 1982 le QIDAM (Quatuor d'improvisation en danse et musique) qui réunissait chaque mois, à l'occasion de la pleine lune, deux danseurs (lui-même et Monique Giard) et deux musiciens (Jean Derome et Robert Gélinas), afin de créer de nouveaux liens entre les disciplines, sans que l'une se subordonne à l'autre. À l'instigation d'un jeune musicien, le concept a repris vie, avec l'intention de faire le pont entre ancienne et nouvelle générations.