Danse - Vénérable Fée

Il y a une fin à tout, dit-on. L'étoile du ballet québécois Anik Bissonnette incarne la fée Dragée et la reine des Neiges du Casse-Noisette des Grands Ballets Canadiens pour la dernière fois de sa vie, jusqu'au 30 décembre. Mais la magie du conte de Noël continue, puisque la danseuse a initié cette année des ateliers chorégraphiques avec les jeunes des milieux défavorisés de Montréal, qu'elle entend poursuivre l'an prochain.

Après avoir joué fée, reine, valse des fleurs, et suscité rires et émerveillements d'enfants pendant 17 ans, Anik Bissonnette donne presque l'impression d'être aussi éternelle que les personnages colorés du ballet de Fernand Nault. D'autant plus qu'à 45 ans la ballerine devient la plus vieille fée Dragée de toute l'histoire des Grands Ballets canadiens. Un exploit pour une interprète de ballet classique. «Ils sont rares les danseurs qui font encore du répertoire [classique] après 40 ans», lance la première danseuse en entrevue avec une franchise dépourvue de toute vanité.

L'un des quelques ballets purement classiques du répertoire actif des Grands Ballets, Casse-Noisette est peut-être synonyme de fête pour le public et les enfants, mais il demeure très exigeant pour les danseurs. «On n'a pas le droit à l'erreur avec le pur classique; c'est la perfection du mouvement et de la ligne à chaque fois, dit la prima ballerina. Il y a un stress de plus qu'en danse contemporaine.» À preuve, les danseurs de Casse-Noisette usent une paire de chaussons par représentation! Mais c'est cette rigueur qui fait qu'année après année la danseuse ne s'est jamais lassée de danser le ballet de Fernand Nault. «C'est devenu une espèce de ressourcement, je cherchais à m'améliorer, à me surpasser à chaque fois», confie-t-elle. Elle livre néanmoins son ultime performance avec sagesse et bonheur. «Physiquement je suis plus fatiguée», admet-elle.

Ouvrir des horizons

Casse-Noisette — faut-il le rappeler? — raconte l'histoire d'un réveillon de Noël où la petite Clara reçoit en cadeau un casse-noisette de l'excentrique docteur Drosselmeyer. Cassé par son frère Fritz, puis réparé par le bon docteur, le casse-noisette prend littéralement vie la nuit venue et emmène Clara au Pays des neiges et au Royaume des bonbons. C'est le conte d'Hoffman qui a inspiré le ballet de Fernand Nault, créé sur la musique de Tchaikovski. Chaque soir, un enfant venu assister à la lecture du conte, avant le spectacle, court la chance d'incarner sur scène la souris d'un soir.

La production mobilise chaque année quelque 300 artisans, danseurs de la troupe et enfants sortis vainqueur des nombreuses auditions, répétiteurs, techniciens de scène, collaborateurs artistiques, parent et bénévoles. En retour, les Grands Ballets Canadiens tirent une part essentielle de leurs revenus de cette grande entreprise artistique.

Anik Bissonnette garde tout de même un pied dans l'aventure: elle lançait cette année des ateliers chorégraphiques, qu'elle entend poursuivre l'an prochain, avec les jeunes écoliers de milieux défavorisés, dans le cadre du Fonds Casse-Noisette pour enfant. Ce fonds, qui roule depuis neuf ans, permet à 54 classes (1500 enfants) de la 1ère à la 6e année de voir gratuitement une représentation du ballet. En amont de la représentation, une foule d'activités éducatives leur sont offertes, dont les nouveaux ateliers menés par la ballerine. Les dessins réalisés par les enfants dans ce contexte sont d'ailleurs exposés au Piano Mobile de la salle Wilfrid-Pelletier.

«C'est un public différent parce que c'est souvent la première fois qu'il voient un ballet sans des parents qui les ont préparés», souligne la danseuse. Avec la participation d'autres danseurs de la compagnie (Isabelle Paquette, Guillaume Pruneau, Marie-Ève La pointe, Andrew Giday, Alisia Pobega et Marisa Pauloni), elle les initie à la vie de danseur et au ballet Casse-Noisette.

«On les fait danser la scène de la bataille entre les souris et les soldats», explique la première danseuse. Après avoir visionné la vidéo de la vraie scène et compris que, malgré l'émotion, il fallait garder le silence en dansant, les petits danseurs en herbe peuvent répéter le bal avec plus de succès. L'idée est moins d'en faire des danseurs en puissance que de leur ouvrir des horizons culturels. Anik Bissonnette n'en nourrit pas moins le désir secret d'y dénicher des talents et de leur donner la possibilité de s'exprimer. «Ce que j'aimerais éventuellement faire, c'est du dépistage dans ces milieux-là.» Ce n'est pas parce qu'on arrête de danser le magique Casse-Noisette qu'on cesse pour autant de rêver...

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Casse-Noisette

Jusqu'au 30 décembre à la salle Wilfrid-Pelletier, 14h et 19h30