Danse - Blanche communion

Des anges passeront dans le ciel culturel montréalais cette semaine, alors que le Ballet royal de Winnipeg (BRW) présentera Le Messie du chorégraphe argentin Mauricio Wainrot sur la musique du célèbre oratorio de Haendel, dans le cadre de la saison des Grands Ballets.

Après les tractations diaboliques de Dracula livré l'an dernier à pareille date, la plus classique des troupes canadiennes convie maintenant le public à une blanche communion avec Dieu. Vêtus de blanc dans un décor immaculé, tels des anges, les 24 danseurs assis en fond de scène — dans l'attente d'une élection? — s'avancent pour interpréter leurs solos, duos, trios sur la musique presque trois fois centenaire de Haendel.

L'atmosphère de la pièce est au recueillement, bien que ce ballet s'éloigne d'une lecture littérale de l'histoire de la vie, la mort et la résurection du Christ, comme la musique l'invite à le faire.

«Mauricio [Wainrot, le chorégraphe] n'essaie pas de raconter l'histoire du Messie, il n'y a pas de crucifixion, mais il y a des métaphores de tout cela sans avoir à suivre le texte [d'un livret], explique en entrevue le directeur artistique de la troupe, André Lewis. C'est de la danse pure et il y a un côté spirituel lié à la musique.»

Le chorégraphe argentin avait déjà présenté cette oeuvre au public montréalais au printemps 2003, mais avec sa propre compagnie, le Ballet Contemporaneo del Theatro San Martin (BCTSM), qu'il dirige depuis 2000. L'artiste a d'ailleurs déjà vécu à Montréal pendant une dizaine d'années, au cours desquelles il a notamment dirigé les Ballets Jazz de Montréal. Incarnée cette fois-ci par une troupe de ballet classique, en l'occurrence la plus vénérable du Canada, puisqu'elle fut fondée en 1939, la pureté de l'oeuvre prend ici une nouvelle dimension. «Ça donne un look différent parce que notre compagnie est plus classique, donc les lignes sont plus éthérées», commente M. Lewis, au milieu d'une tournée dans les provinces de l'Atlantique avec ce Messie qui a été lancé à Winnipeg en mars dernier.

Cap sur Montréal

L'histoire de ce ballet est emblématique de son créateur: voyageuse. Créé en 1996 pour le Ballet royal de Flandre (où Mauricio Wainrot oeuvre à titre de chorégraphe invité permanent depuis 1992), il a connu une seconde vie en version intégrale au Ballet national du Chili en 1998, avant d'être interprété par la compagnie du chorégraphe à Buenos Aires.

Si M. Wainrot a semé un peu de son art à Montréal, il a aussi sa petite histoire avec le BRW, qui remonte même plus loin que l'adjonction du Carmina Burana au répertoire la troupe de l'Ouest.

«Il était venu dans les années 1970 avec Oscar Araiz, [alors le chorégraphe du BCTSM], raconte M. Lewis. Le directeur de l'époque [du BRW] avait beaucoup aprécié le travail d'Oscar, c'était plus contemporain et ça offrait quelque chose de différent pour la compagnie. Mauricio enseignait le ballet, il est resté avec nous quelques années, après on s'est perdus de vue. Et il y a six ans, en Belgique, j'ai vu une compagnie qui dansait son Carmina Burana et j'ai bien aimé son travail, alors je l'ai invité à monter le ballet chez nous.»

Depuis 2003, le BRW a remis le cap sur Montréal après une période d'absence de six ans, en présentant successivement en 2003 et 2005 deux pièces du chorégraphe établi à Montréal, Mark Godden. Un rythme que la troupe aimerait bien maintenir à l'avenir.

La compagnie semble bien se remettre des petites tempêtes internes qu'ont causées le départ de la prima ballerina Evelyn Hart en 2005, un peu forcé selon elle, l'exode de neuf danseurs en 2003 et un déficit cumulé sur plusieurs années (quoique résorbé aujourd'hui).

«Il y en a que j'ai laissés aller et d'autres qui n'étaient plus satisfaits ou voulaient faire quelque chose de différent; ce n'est pas toujours ce qu'on souhaite, mais de temps en temps, il y a une série de coïncidences qui font que plusieurs partent», dit le directeur en évoquant le changement de garde de 14 danseurs qui a eu lieu à son arrivée au sein de la troupe à titre de danseur en 1979. «Ça fait partie du métier et ça donne la chance d'un renouvellement.»

À l'époque, certains danseurs ont invoqué le manque de vision du directeur pour justifier leur geste. Pourtant, André Lewis, en poste depuis 1996, a rajeuni le répertoire de la troupe, notamment avec les succès Dracula et La Flûte enchantée de Mark Godden.

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Le Messie du Royal Winnipeg Ballet, du 23 au 25 novembre à la salle Wilfrid-Pelletier