Les Ballets C. de la B. à la Cinquième Salle de la PdA - Tyrannies et dépendances

L’art de naviguer entre les disciplines artistiques.
Photo: Chris Van Der Burgt
Photo: L’art de naviguer entre les disciplines artistiques. Photo: Chris Van Der Burgt

Dans un décor de conteneurs, sur lesquels est juché le Quatuor à cordes Kirke qui interprète des pièces baroques françaises, six drôles de zigs — clandestins? sans-abri? — s'échinent à tisser entre eux des rapports tantôt tyranniques tantôt fragiles à travers le jeu, la danse, l'acrobatie, le chant. Oubliez la chorégraphie bien lisse, le numéro de cirque impeccable, la tirade verbeuse. Le génie des Ballets C. de la B. consiste justement à naviguer entre ces disciplines, d'une danse disloquée à une acrobatie brute, évoquant la fragilité plus que la force.

Présenté en première mondiale à Montréal, Import Export se veut la suite naturelle de Bâche (2004), parce que créé selon un processus semblable et avec le même noyau d'artistes: l'alto masculin Steve Dugardin, le compositeur et arrangeur Guy Van Nueten, le dramaturge Guy Cools et le concepteur et metteur en scène membre du collectif les Ballets C. de la B., Koen Augustijnen.

L'impuissance que ce dernier a ressentie après le visionnement du documentaire Le cauchemar de Darwin sur la surexploitation des ressources halieutiques d'un lac de Tanzanie lui a servi de point de départ. Mais le commerce ici mis en scène est celui des êtres, des existences qui valent ou ne valent pas leur pesant de chair. Les conteneurs évoquent le lieu inhospitalier de transit continuel, mais aussi le jeu de blocs avec lequel les humains construisent et détruisent leur monde.

Au coeur de la pièce, donc, se trouve le sentiment d'impuissance, récurrent, qui peut glisser vers la rage, la dépendance, la frustration, la tristesse mais aussi le rire et la déférence. Et c'est justement dans ces glissements lents, graduels (quoique parfois un peu confus) que se situe tout l'intérêt de la pièce. Tour à tour un individu est isolé par les autres et devient l'objet de leurs humiliations, intimidations ou révérences. L'instant suivant, la tyrannie est oubliée; le bourreau devient la victime.

L'une d'elles, véritable homme-pâte, se fait soudain traîner et manipuler par deux hommes comme une vulgaire marchandise. On ne sait plus si on doit rire — des acrobaties du contorsionniste — ou pleurer du rapport dominant/dominé qui est mis en scène. Une femme qui semble s'émouvoir de la scène se livre à une danse désarticulée, puis transfère tout le poids de sa souffrance à celle-là même qui veut la réconforter.

Mais il y aussi des scènes très drôles, pleines de sollicitudes ou délicieusement absurdes, où surgit le génie tout simple des Ballets C. de la B.: un homme, un moteur de bateau dans le dos, se met à tanguer sous le regard admiratif de ses semblables.

À travers cela, les musiques de Charpentier, Clérambaut, Lambert, habilement rehaussées de rythmes électroniques anachroniques et du chant de l'alto, donnent l'impression que le cirque humain, tantôt poétique, tantôt pervers, tournera éternellement.

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IMPORT EXPORT

Concept et mise en scène: Koen Augustijnen des Ballets C. de la B. Créé et joué par: Lazara Rosell Albear, Koen Augustijnen, Juan Benitez, Marie Bauer, Gaël Santisteva, Milan Szypura. Jusqu'au 18 novembre à la 5e Salle de la Place des Arts