Regardez ce corps qu'on ne devrait pas cacher

La danse souple et fluide d’Anatomies, du chorégraphe et danseur José Nava.
Photo: La danse souple et fluide d’Anatomies, du chorégraphe et danseur José Nava.

Quoi qu'on pense du style formel radicalisé de José Navas, sa nouvelle esthétique lui va comme un gant. Il l'avait affirmé avec Portable Dances l'an dernier, éliminant toute référence théâtrale pour ne laisser que le noyau dur du geste pur. Il revient à la charge avec Anatomies, aussi abstraite et dépouillée scénographiquement, et pourtant un brin plus charnelle.

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Anatomies

Chorégraphie: José Navas. Interprétation: José Navas, Mira Peck, David Rancourt, Ami Shulman, Jamie Wright. Compositeur: Alexandre McSween. Éclairages: Marc Parent. À l'Agora de la danse jusqu'au 15 novembre.

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La pièce se divise en tableaux clairement identifiés par une voix hors champ: «Anatomy one» jusqu'à «Anatomy four». Cette froide introduction, qui évoque les planches d'anatomie dont le chorégraphe a dit s'être inspiré, est toutefois tempérée par la danse souple, fluide, qui s'enchaîne.Les angles coupés au couteau par tant de précision s'arrondissent parfois brièvement. Les corps surtout, presque entièrement dénudés (couverts d'une simple culotte blanche), appellent une chaleur dans leurs quelques rapprochements dans la manière parfois étudiée, attentionnée, qu'ils ont de se mouvoir. Une subtile sensualité qu'on ne trouvait pas dans Portable Dances et qui est renforcée par les éclairages enveloppants de Marc Parent.

Tantôt en quintet, tantôt en duo ou en solo, les danseurs (dont le chorégraphe) évoluent parfois en silence, parfois au rythme hypnotisant de la trame sonore monosyllabique d'Alexandre McSween. On retient particulièrement le duo masculin, plus lent et plein d'une sollicitude soudaine, ainsi que le travail d'emmêlement des corps au début et à la fin du spectacle.

Avec un ablomp qui ne trompe pas, le chorégraphe semble renouer avec une part de lui-même qu'il avait oubliée ou enfouie, avec ce qui le définit essentiellement comme artiste: le mouvement pur. La ferveur avec laquelle José Navas s'y livre suffit à émouvoir le spectateur de cette danse pourtant presque mathématique.

Mais sa maîtrise redoutable gagnera à s'assouplir encore. On sent déjà le processus enclenché avec Anatomies. Comme si, après avoir touché l'os de la danse dans Portable Dances, après avoir dit: «Regardez la beauté de ce geste qu'on ne devrait pas oublier», il s'affairait maintenant à ajouter progressivement des couches de chair et d'humanité en disant: «Regardez la beauté de ce corps qu'on ne devrait pas cacher.»