Danse - Rester sur sa faim

Ce n'est pas tant un spectacle qu'une expérience immersive dans un environnement chorégraphique et technologique. Recombinant - Le corps techn(o)rganique a tous les éléments pour plaire: une scène mouvante, constamment reconfigurée par le jeu des interprètes et les déplacements du public, des projections (sur des écrans mobiles eux aussi) de la danse livrée par deux solides danseurs-performeurs, Catherine Tardif et Martin Bélanger. Mais la performance laisse le spectateur sur sa faim.

Formé de la chorégraphe québécoise Marie-Claude Poulin et de l'artiste médiatique autrichien Martin Kusch, le tandem Kondition Pluriel oeuvre à la frontière de leur art respectif, cherchant depuis quelques années à créer des ponts entre l'humain et l'univers médiatique qui l'entoure. Au départ très conceptuel, son travail s'est assoupli et rapproché du public, mais il reste toujours expérimental et sophistiqué.

Créée en modules, la danse toute en spasmes et en élans soudains de Recombinant... donne lieu à des projections en direct ou différées dans lesquelles elle se prolonge. L'écho des souffles, des bruits et des paroles balbutiées des danseurs se transforme en une trame sonore étudiée. Un des tableaux les plus réussis brouille la frontière entre réalité et fiction alors qu'un duo ludique, plein de glissades au sol — qui frôlent le public —, est capté par des caméras et retransmis sur des écrans arrondis à travers des images saccadées.

Mais le dialogue interactif annoncé entre son, image et performance live n'a pas toujours lieu. Est-ce la faute du grand espace, un peu froid ici, de l'Agora de la danse? Ou celle du public, qui semblait paresseux ou frileux? Ou encore des problèmes techniques qui ont retardé le début de la performance et semblent avoir aussi sévi pendant la prestation? On ne sait trop, mais il reste qu'on sent que la performance live appelle autre chose... qui ne vient pas. Comme si la pièce avait été conçue pour laisser un espace à l'impromptu et que celui-ci ne s'était pas pointé, créant un vide.

Il reste que des expériences performatives alliant danse et technologie comme celles de Kondition Pluriel sont toujours stimulantes à vivre. On garde un stimulant souvenir d'Entre-deux, qui se déroulait dans un conteneur en bordure de Montréal en 2002. Sentir la proximité des danseurs, déambuler dans l'espace et composer sa propre lecture de ce qu'on observe et absorbe élève le simple public au rang du spect-acteur.