Vivement un foyer pour la danse !

Alors que Québec s'apprête à décider à qui reviendra l'Espace chorégraphique de feu Jean-Pierre Perreault, des modèles d'institutions françaises rappellent l'urgence de créer un lieu d'échanges pour le milieu dansant québécois.

Lyon — Le gazon semble toujours plus vert chez le voisin. En matière d'institutions culturelles, on cite souvent l'exemple de la France, qui en regorge. Même la danse, enfant pauvre des arts vivants, ne fait pas exception, puisque à Lyon est né dès 1980 un lieu exclusivement consacré à l'art chorégraphique: la Maison de la danse.

Dans son récent dossier spécial sur la danse, le dernier numéro de la revue de théâtre Jeu se faisait l'écho d'un souhait du milieu: celui de doter Montréal d'une Maison de la danse. Un portrait de l'institution lyonnaise s'impose donc naturellement, alors que Le Devoir profite d'une invitation de la Biennale de la danse de Lyon, dont le directeur Guy Darmet est aussi celui de la Maison.

Celle-ci est la toute première et la seule institution essentiellement vouée à la diffusion de la danse sous toutes ses formes. Née en 1980 du rêve fou de cinq chorégraphes lyonnais de doter le territoire d'un lieu propre à l'art chorégraphique, la Maison a présenté les chorégraphes de l'heure (à l'époque les Jean-Claude Gallotta et Karine Saporta) et rallié le public, les critiques et les élus.

Aménagée dans un petit théâtre du quartier de la Croix-Rousse, l'institution déménage ses pénates au Théâtre du Huitième en 1992, où une salle de 1100 places lui permet de présenter compagnies nationales et internationales. Un studio attenant à la salle accueille les artistes invités ainsi que les compagnies lyonnaises qui ne disposent pas de locaux de répétition. Depuis la rénovation du théâtre en 1999, la Maison ouvre même ce studio au public pour présenter d'autres formes d'oeuvres chorégraphiques. Elle souhaite éventuellement en ouvrir un second.

L'expérience lyonnaise confirme qu'un tel lieu consacré à la danse fidélise le public et consolide le milieu. En 2005-2006, la Maison accueillait 180 000 spectateurs, dont plus de 18 000 abonnés, pour 200 représentations de 20 pièces de danse. Elle dispose d'un budget de cinq millions d'euros, autofinancé à 60 %, dit-elle fièrement — mais c'est sans compter les coûts liés au bâtiment, entièrement absorbés par la Ville.

Le gazon n'est pas si vert qu'on le croit chez le cousin français. D'une part, malgré le temps et l'espace de création qu'elle offre, la Maison de la danse est d'abord un grand théâtre de diffusion de la danse.

Or ce rôle, l'Agora de la danse le remplit déjà très bien à Montréal (même si son statut de locataire — de l'UQAM — ne lui assure pas la pérennité que recherche le milieu). Et l'Espace chorégraphique (EC) a été conçu comme un lieu de création, orientation que Québec semble vouloir préserver.

D'autre part, comme toute grande institution, les orientations de la Maison incarne un symbole avec ses avantages (rayonnement, point de ralliement du public) et ses inconvénients (manque de souplesse, orientations artistiques en vase clos).

Les CCN en mutation

Autres institutions françaises qui suscitent l'admiration du milieu québécois: les Centres chorégraphiques nationaux (CCN), qui sont pourtant en pleine mutation. Au nombre de 19 répartis sur l'ensemble du territoire, ces CCN ont d'abord été «offerts» aux chorégraphes qui menaient la danse au début des années 1980 (les Gallotta, Saporta, Marin et cie), et qui les dirigent encore pour la plupart. Car aucune règle de passation n'a été prévue, lacune que le gouvernement s'apprête à combler.

Une politique d'accueils-studios mise en place il y a huit ans leur permet d'y accueillir trois à six compagnies ou artistes, en plus de la troupe résidente.

On y crée, on y crée, mais on trouve peu de débouchés pour les oeuvres. Car les CCN ont d'abord été conçus comme des lieux de création. Devant l'impasse, quatre de ces CCN offrent maintenant une scène pour la diffusion des oeuvres ou ouvrent leur studio au public, ce qui met les chorégraphes résidents au défi de «sélectionner» les artistes qu'ils accueilleront, et donc de se frotter à la tâche ingrate qui incombe aux conseillers de l'État quand vient le temps d'octroyer les subventions. Il y a six mois était inauguré, à une dizaine de kilomètres de Lyon, le nouveau CCN de Rilleux-la-Pape, sous l'impulsion de Maguy Marin. D'apparence modeste, il est toutefois muni de deux studios, en plus de sa salle de spectacle. Lyon s'apprête aussi à ouvrir un centre de hip hop qui accueillera plusieurs artistes en résidence.

D'autres initiatives aussi prennent forme: un lieu privé (avec entente de financement public), Le Pacifique, a récemment ouvert ses portes à Grenoble.

Le modèle dont devrait s'inspirer Montréal se trouve peut-être à mi-chemin entre différentes avenues. Chose certaine, l'esprit est plus que jamais au partage des ressources.