Biennale de la danse de Lyon - Marie Chouinard mène la danse

Nathalie Normandeau
Photo: Nathalie Normandeau

Lyon — Précédée de ses succès au Théâtre de la Ville, à Paris, la compagnie Marie Chouinard est visiblement attendue avec impatience dans la capitale de la région Rhône-Alpes, puisqu'elle clôture la Biennale de la danse de Lyon à guichets fermés ce soir et demain.

Tous les Lyonnais croisés à la sortie des salles de spectacles connaissaient la venue de la chorégraphe québécoise, la percevaient même «comme un événement» ou se montraient curieux de son esthétique particulière. La totalité des billets sont déjà vendus depuis près d'un mois, a indiqué le directeur artistique de la Biennale, Guy Darmet.

Il faut dire qu'on assistera à deux événements en un, puisque la troupe québécoise présente son oeuvre phare, Le Sacre du printemps, précédé du troublant solo Prélude à l'après-midi d'un faune, en compagnie de l'Orchestre national de Lyon, qui baptise ainsi sa saison et son nouveau chef d'orchestre, Jun Märkl.

«C'est mon hommage au FIND», a lancé à une collègue le directeur, qui a vu la production avec orchestre lors de la dernière édition du Festival international de nouvelle danse à Montréal.

Peu de publics ont eu l'occasion de voir l'oeuvre jubilatoire de Marie Chouinard soulevée par la musique vivante d'un orchestre complet, vus les coûts plutôt imposants de l'entreprise. Taipei fut la première ville à oser le projet monumental en 1994, un an après la création de la pièce. Ottawa lui a emboîté le pas en 1996. Mais depuis quelques années, la présentation conjointe danse-orchestre semble connaître un regain de popularité. Le Festival de Lanaudière et le FIND l'ont proposée en collaboration avec l'Orchestre symphonique de Montréal en 2003. L'année suivante, c'était au tour de Ljubljana, en Slovénie, d'offrir le doublé. Et maintenant Lyon, qui avait découvert le travail de Marie Chouinard au cours de la saison 2004-2005 de la Maison de la danse, théâtre spécifiquement dédié à l'art chorégraphique.

«C'est quelque chose de tout à fait exceptionnel et il fallait les moyens logistiques et financiers de la Biennale pour permettre ce projet», explique Sylvaine Van, adjointe à la programmation de la Biennale.

Même sans orchestre, Le Sacre du printemps reste une oeuvre courue par les théâtres et festivals du monde entier. Il a été présenté 125 fois depuis sa création en 1992.

«Je pense que c'est une oeuvre qui va traverser le temps, qui va continuer à vivre», affirme Carol Prieur, qui danse pour la compagnie Marie Chouinard depuis plus de dix ans. Ce sont des occasions spéciales.

Qu'est-ce qui attire tant le public vers cette oeuvre? «C'est l'énergie, répond immédiatement la danseuse. C'est une pièce très physique, ça va chercher toute l'énergie vitale.» Mais il y a aussi la musique de Stravinski, qui, telle une débâcle, emporte tout sur son passage et transporte aussi les spectateurs. Ceux-ci viennent d'ailleurs parfois d'abord pour la musique et s'initient du même coup à la danse.

«Dans la manière dont Marie a créé la chorégraphie, c'est comme si on devient un peu l'orchestre, on écrit la musique avec nos corps dans l'espace. La musicalité du mouvement est très importante pour Marie dans cette pièce-là.»

Carol Prieur sortait d'une répétition du solo Prélude à l'après-midi d'un faune, qu'elle interprétera pour la première fois avec orchestre.

«Ça m'a fait pleurer. C'est tellement puissant et il y a une beauté...! C'est vivant avec cette mer de musiciens, d'instruments. Je danse en duo avec l'orchestre. Il y a toute une autre écoute, il faut aller chercher l'énergie du moment avec l'orchestre.»

La compagnie Marie Chouinard connaît un essort fulgurant en fait de tournées à l'étranger, depuis quelques années. Cette fois-ci, ils cavalent pendant sept semaines. Avant Lyon, il y a eu Belgrade, Lindt, Lisbonne, et après, ce sera Perpignan, Chalon-sur-Saône et le pays de Galles, parfois avec le Sacre, parfois avec la plus récente création, Body Remix, ou avec Chorale.

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Frédérique Doyon est invitée par la Biennale de la danse de Lyon