Danse - Dernière d'une pièce monumentale

On l'a dit et redit. La Pornographie des âmes, de Dave St-Pierre, est une pièce monumentale et fragile, délirante et poétique, drôle et triste comme les 15 humains qui la portent à bout de corps... nus. C'est le cri d'une génération, sa réponse crue, sans détour, aux petites et grandes misères du XXIe siècle naissant.

Une vingtaine de brefs tableaux s'enfilent, tantôt plus théâtraux, tantôt chorégraphiques, abordant les petits drames du quotidien, les rêves et les peurs d'une génération qui a grandi sous le joug de la publicité-choc, de la guerre mondialisée par l'image, de la sexualité plus que libérée. La violence psychologique, les idéaux glorifiés et flétris, l'amour sublime ou déçu, l'ambivalence sexuelle, les discriminations de toutes sortes sont exposés ou dénoncés dans une mise en scène qui brouille la ligne entre l'espace de représentation et la vie. Le tout à grands coups de silences troublants et de musiques à forte charge dramatique.

Enfant terrible de la danse contemporaine, Dave St-Pierre compose des chorégraphies souvent échevelées, voire provocantes, mais toujours parcourues de cette urgence de vivre qui témoigne d'une sensibilité et d'une intelligence débordantes.

L'opus est présenté pour la cinquième — et dernière — fois à Montréal en moins de deux ans, ce qui relève presque de l'exploit. Il faut dire que le jeune artiste a fait des pas de géant depuis la création de cette oeuvre. Repêché par le Cirque du Soleil, il a signé la chorégraphie du mégaspectacle qui soulignait conjointement le 20e anniversaire de l'entreprise circassienne et le 25e Festival de jazz

de Montréal, à l'été 2004. Il travaille actuellement à la prochaine production du Cirque du Soleil sur l'univers des Beatles.

«Ah! ce cirque!», lance avec un mélange d'amour et d'ironie celui qui s'apprête à repartir à Las Vegas pour retrouver l'équipe, après avoir renoué avec sa petite bande d'interprètes bohèmes pour préparer sa prochaine pièce à titre de chorégraphe indépendant, Un peu de tendresse, bordel de merde!.

«Ça va être un peu ma réponse à ce que je vis avec le Cirque, où tout est tellement gros: la structure du spectacle, l'administration... Avec mes interprètes, c'est tellement petit, subtil, fin. Une chance que je fais ça aussi parce que, à juste faire le Cirque, je pense que je deviendrais fou. Je suis content d'avoir les deux. Et je suis très content de replonger dans mes affaires, où j'ai toute la latitude.»

Le chorégraphe avait été pressenti pour le récent spectacle musical Delirium, mais il ne se sentait pas interpellé par ce projet et ne voulait pas se surcharger d'un travail qui mettrait en péril ses projets artistiques personnels. De ceux-ci, il appréhende et anticipe à la fois les grandes attentes du public.

«J'ai l'impression que les gens vont s'attendre à un plus grand boom encore. On a tous envie de repousser les limites qu'on avait atteintes dans La Pornographie des âmes avec Un peu de tendresse. Ce que je sais, c'est que ce sera plus dansé. Mais c'est sûr qu'on va reconnaître un peu La Porno... »

D'ici là, il faut aller voir ou revoir cette pièce bouleversante et belle, qui a marqué un tournant dans sa carrière et défini sa signature d'artiste, qu'il entend bien respecter.

Sa Porno... humaniste lui a récemment valu le prix Mouson 2005-06 du Künstlerhaus Mousonturm à Francfort, qui lui assure la coproduction de sa prochaine pièce. Il devient ainsi le premier Canadien à recevoir la récompense allemande. C'est d'ailleurs dans ce pays qu'il livrera la première de sa prochaine pièce.

Depuis sa dernière présentation montréalaise, La Pornographie des âmes a connu peu de changements, sauf à la distribution, ce qui, de l'avis du chorégraphe, relance l'euphorie des premières. «Il y a quatre nouveaux danseurs, c'est donc comme une nouvelle première parce que c'est une nouvelle énergie.»

La Pornographie des âmes

Théâtre Outremont, les 16, 17 et 18 février.