Danse - Rituel absurde autour d'un oeuf

Avec ses comparses Julien Grégoire et Guy Pelletier à la barre musicale et l'interprète Elinor Fueter, la chorégraphe Lina Cruz livre une chorégraphie truffée d'ingéniosité et d'humour, mais longue, répétitive et par moments d'une naïveté lassante.

Coquille d'oeil ressemble à un rituel loufoque autour d'un oeuf. La chorégraphe s'est notamment inspirée du lien entre l'oeil et l'oeuf chez les surréalistes. Les deux danseuses incarnent d'étranges créatures à travers une gestuelle nerveuse, très mimée et parfois simpliste, qui évoque les arts traditionnels asiatiques ou les arts martiaux. Les jeux de regards comptent autant que les figures impossibles qu'elles façonnent à même leur corps telles des sculptures vivantes: le dos se fait lui-même oeuf d'où émergent ici un bras, là un pied.

La plus grande richesse de la pièce se trouve sans nul doute dans la complicité exceptionnelle entre les danseuses et les musiciens sur scène. À partir d'instruments le plus souvent inventés, ces derniers ont composé un curieux concerto, qu'ils interprètent avec brio en déambulant librement sur scène ou en interagissant avec les danseuses. Une pièce musicale fascinante émerge entre autres de l'usage de grandes baguettes avec lesquelles ils fouettent l'air en se livrant un mélodieux combat.

Le hic, c'est que des partitions musicale et chorégraphique tricotées aussi serrées tendent à réduire la portée de l'oeuvre d'ensemble. Leur grande communauté d'esprit les referme l'une sur l'autre et accentue doublement les émotions qu'elles suscitent — jusqu'à l'outrance: le naïf devient alors presque infantilisant, la multiplication des figures et des accessoires manipulés, étourdissante. Drôle au début, la longue gestation de l'oeuf, cassé, recassé, avalé, recraché, s'épuise.

Reste que certains tableaux surprennent par leur inépuisable invention, que la petite équipe s'amuse beaucoup et qu'elle déride son public.