«Tabarnak»: messe néotrad pour cirque en bois brut

Juron national oblige, «Tabarnak» vogue entre confessions et méditations, mais surtout avec autodérision.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Juron national oblige, «Tabarnak» vogue entre confessions et méditations, mais surtout avec autodérision.

Loin de la cabane de bûcheron où nous avait plongé Timber, la troupe du Cirque Alfonse invite le public à communier à l’autel de notre patrimoine religieux dans Tabarnak, une création plus introspective que les précédentes, qui ne renie en rien l’esprit festif qui fait l’ADN de ce cirque néotrad.

Dix ans après sa naissance, la troupe familiale de Saint-Alphonse-de-Rodriguez puise encore goulûment dans la culture traditionnelle québécoise et revisite avec humour et ironie les icônes et archétypes religieux qui collent à notre imaginaire collectif.

Juron national oblige, ce Tabarnak vogue entre confessions et méditations, mais surtout avec autodérision puisque la fibre polissonne n’a pas quitté d’un poil ce cirque taillé dans le bois brut. Sur la scène surmontée d’un vitrail, parsemée de bancs d’église et d’arches qui évoquent confessionnal ou autel, c’est le groupe électro-trad qui donne tout du long le ton à cette grand-messe offerte sur fond de rigodons, de chants de messe et de reel endiablés.

La troupe multiplie les clins d’oeil à nos deux religions nationales, levant du coup son chapeau à la Sainte Flanelle, lors de numéros de groupe en patins à roulettes, de gigues et de danses carrées. Comme dans Timber, la troupe exploite encore à souhait la chanson à répondre et la podorythmie, agréablement enrobées de rock et de folk.

La première partie donne lieu à plusieurs tableaux aériens, inspirés par le balancier de la corde du bedeau sonneur de cloches, ainsi qu’à l’envolée symbolique aux sangles aériennes d’un artiste aux allures de Christ crucifié. La famille Carabinier-Lépine s’est adjoint le concours de deux artistes, fort habiles d’ailleurs dans les numéros de main à main, d’équilibre et de barre russe qui s’enfilent les uns après les autres, toujours tricotés avec ce même fil conducteur.

Ce vocabulaire sacré est aussi exploité de brillante façon dans un numéro d’adresse en groupe où les artistes font tourbillonner au-dessus de leurs têtes des encensoirs de messe comme des diabolos. La troupe désacralise les rites, notamment avec des ablutions à l’eau bénite, une poignée de Notre Père revisités et un prêtre qui monte en chaire pour réciter l’horoscope.

La fable folklo-religieuse ne se prive pas non plus de quelques jolies allusions à d’autres religions, notamment quand les artistes se drapent de longues capes de laine crochetées pour jouer les derviches tourneurs. En fin de spectacle, ce Tabarnak, rarement performatif au début, exulte dans des numéros de mâts chinois, de perches portées sur l’épaule et de balançoire russe, nettement plus acrobatiques. C’est dans ses numéros d’hommes forts, livrés à mains nues et sans artifices, que la troupe excelle.

Après Timber, plus musclé et physique avec ses haches et ses bûches qui volaient en tous sens, ou Barbus, cabaret décalé dopé à la testostérone et l’autodérision, Tabarnak joue plutôt la carte de la grande fête de famille, non sans déboulonner au passage quelques mythes sacrés.

Avec moins de sueurs et de sensations fortes, la troupe, qui prend de l’âge, parvient malgré tout à se réinventer dans cette prestation un peu moins explosive, mais plus incarnée, livrée avec finesse et esprit.

Tabarnak

De Cirque Alfonse. À la Tohu jusqu’au 11 juillet.

1 commentaire
  • Anne-Marie Cornellier - Abonnée 8 juillet 2017 11 h 06

    Manque de délicatesse.

    Même si j'aime les arts du cirque je n'irai pas voir ce spectacle. Pourquoi utilisé un mot sacré pour parler d'un spectacle de divertissement? Si pour les membres du cirque Alfonse la religion c'est dépassé , il y a d'autres personnes pour qui c'est importants ,un peu de respect SVP. En terminant ,si le but est de provoquer se dire croyant est beaucoup plus subversif de nos jours que de ridiculiser la religion. À bon entendeur ,salut.